Apsara vogue la galère | |||||||||
Kupang SingapourSi vous souhaitez connaitre l'histoire d'Apsara depuis le début , allez sur le lien : http://micladapsara.over-blog.com et si vous souhaitez soutenir le collectif vigilance-mercantour :http://www.vigilance-mercantour.fr/balcons/index.php Kupang Singapour Septembre / Octobre 2009
Reprenons , nous sommes le samedi 12/09 à Kupang ( pos : 10° 09 544 S ; 123° 34 476 E ) sur l’ile de Timor où nous devons faire notre entrée en Indonésie . Arrivés depuis la veille nous devons trouver Mr Napa Rahman détenteur des originaux du CAIT ( permit cruising indonésien ) et de la lettre de sponsor qui va avec . Dès que nous avions posé l’ancre un jeune prénommé Onju est venu nous voir, nous a proposé de servir d’intermédiaire et surtout de nous vendre du gazole dont nous avons le plus grand besoin . D’une part, il parle anglais, d’autre part, bien sûr, il connaît Mr Napa Rahman et nous affirme qu’il peut nous le faire rencontrer ; Mais ce monsieur reste introuvable, « busy » soit disant et surtout, d’après ce que nous comprenons, peu amène de dealer avec nous par l’intermédiaire de Onju. On sent déjà les rivalités qui se font jour. !! Onju a les dents longues et Mr Napa Rahman fait partie de l’establishment local, petit potentat lié avec les autorités... Pour moi, clairement, le marché est simple : je n’achèterais du gazole que si je suis en possession des documents officiels et donc que si je retrouve Mr Napa Rahman. Voilà qui motive Onju pour le trouver ...une 1ere fois nous passons à son domicile...il est à la prière....je rentre au bateau, lasse de ces marchandages et laisse Xavier et Onju s’égayer en ville. 18H ...alors que la nuit s’approche, Xavier m’appelle sur mon portable et me dis : « J’ai Dieu devant moi ... » « Oui...mais encore ! » « Oui, oui, Dieu ,ou son sosie Mr Napa Rahman nimbé de blanc, le regard sévère et qui refuse de me parler en présence d’Onju » Mon sang ne fait qu’un tour « T’as-t-il donné les documents ? » « Oui, oui ! mais il ne semble pas très enclin, vu la tournure des événements à nous faciliter la tache pour faire les démarches auprès des autorités » « Ecoute, salut Dieu de ma part, reviens avec les originaux .. et dis discrètement à Onju de nous livrer le gazole demain matin » Une petite idée a déjà mûri dans ma tête....samedi, dimanche, les Customs sont fermés. Aucune autorité n’est venue nous voir excepté la Quarantaine dont vous aurez compris qu’elle est largement aussi pourrie que les autres. Dimanche matin, les pleins sont faits, personne ne s’est manifesté et nous levons l’ancre discrètement pour aller nous réfugier dans une magnifique baie à 10M de là , ni vu , ni connu, bye bye Kupang, nous irons faire notre entrée officielle à Bali puisque nous avons les documents originaux . Pos : 10° 12 950 S ; 123° 25 079 E Une journée de farniente ne sera pas de trop pour nous remettre de nos émotions. Comme nous n’avons pas eu la visite des Customs, nous aurons celle des méduses dans cette eau verte enchanteresse ...dommage pour le bain ! 15 septembre
140M nous sépare de la côte nord de Flores, ile volcanique comme tout l’archipel indonésien, la 2eme plus importante à l’est après celle de Timor. Plusieurs passes nous permettent de transiter entre ces iles pour rejoindre la côte nord. Je choisis de passer entre Flores et Adunara car elle s’offre à nous par une entrée d’abord très vaste puis où se succèdent 2 grandes baies, le passage de Lewotobi et enfin s’achève par une passe étroite, le Larentuka Narrows. L’arrivée dans cette passe au petit matin alors que les collines et les ilots qui parsèment l’entrée se découpent à contre jour, restera un des moments les plus forts de la traversée. Dans l’étroiture, les pêcheurs sur leurs vieux rafiots, nous saluent, tout a un air de gaieté contrastant subtilement avec la tension de Kupang. J’ai repéré sur le guide des mouillages un petit paradis à 15M à l’est près de la baie de Kroko. Et effectivement c’est le paradis, un banc de sable blanc, une eau turquoise, un volcan qui domine et qui fume encore, quelques iles éparses et des pêcheurs qui viennent nous proposer leurs poissons et quelques fruits. Pos : 08° 14 651 S ; 123° 19 564 E On redevient enfant dans ces lieux du bout du monde, se baigner, ramasser des coquillages, plus rien n’a d’importance que le bien-être qui nous envahit.
18 septembre Damien est le fils de mon pote Pierre, le fidèle compagnon des moments difficiles au conseil municipal de Publier. Celui-ci est attaché à l’ambassade de France à Jakarta et, bien sur, nous ne pouvons pas manquer de nous retrouver à l’autre bout de la planète ; RDV est pris pour dimanche à Maumere. Pos : 08° 36 679 S ; 122° 13 118 E
Damien découvre Apsara et la navigation, ça s’arrose et dès le lendemain matin nous allons mouiller dans une baie à 10M de là, à proximité d’un petit village Pos : 08° 32 419 S ; 122° 05 004 E L’après-midi, nous allons faire un tour à terre, c’est l’événement pour les locaux, la visite de « blancs » est exceptionnelle et les enfants très vite viennent voir ces personnages exotiques, photos, sourires, quelques uns jouent au ballon sur un pré qui pourraient s’apparenter à un terrain de foot. Damien et Xavier n’y résiste pas, on échange le ballon, on montre son adresse, et ça se termine par un match en nocturne sans lumière vous vous en doutez ...c’est la liesse au village, Zinedine Zidane est dans toutes les bouches ... !!!!
Hélas, Damien reprend le travail, mardi nous reprenons la route de Maumere, puis pour lui Jakarta et nous, nous nous organisons une petite visite aux lacs volcaniques de Kelimutu, dont parait-il les couleurs changent d’année en année ; certaines, l’un est rouge, l’autre marron, le dernier noir et selon la légende, on y place les défunts en fonction de l’age et de la couleur.
23 septembre Quelques 100km en taxi, une petite grimpette et c’est le choc : au fond de 2 cratères mitoyens, une nappe émeraude bordée de marbrures jaunes vifs.
Un autre, que l’on aperçoit après être monté au point culminant est vert sombre, enchâssé dans des parois abruptes grises. Bien sûr, on serait bien tenté de prendre un petit bain dans ces couleurs somptueuses mais le Ph est dissuasif : 0,3 à 3 ....de quoi vous transformer en gaz vaporeux et d’aller rejoindre les défunts de la légende !
24 septembre Ca n’est pas vraiment original, mais il nous faut refaire les pleins de gazole ! Nous voilà à trimballer de nouveau nos bidons, heureusement il y a une station près de l’embarcadère ....malheureusement elle est vide !! Et là ça devient l’aventure : on avise 2 motobylettes avec leurs propriétaires qui attendent le client, négociations et nous enfourchons les engins jusqu’à la station la plus proche c'est-à-dire à l’autre bout de la ville. Moi qui suis morte de trouille sur les 2 roues, je suis cramponnée aux jerrycans faute de mains libres et Xavier porte à bout de bras les 5 bidons attachés par un bout de ficelle et qui brinqueballent sur le coté. Le retour en Bemo ( petit minibus qui circulent partout) sera tout aussi rock’n’roll, les jerrycans sur les mollets des mamies indonésiennes qui se pressent dans l’habitacle et nous cassés en deux pour y rester, le véhicule n’a plus de suspension et le revêtement de la route n’est plus qu’un vieux souvenir !!! On finit par décoller, direction Komodo et ses célèbres varans ou dragons ainsi que les appellent les gens d’ici ;
25 septembre La route sera tranquille entre Maumere et Rincah, petite ile voisine de Komodo où un des plus beaux mouillages à ce jour s’offre à nous. Dans un dédale d’îles et de passes sur la cote NW de Rincah se découvre à peine une baie profonde bordée de mangrove.
Tout au fond de la baie une jetée et un poste de Rangers Pos : 8° 39 138 S ; 119° 42 803 E La visite pour observer les varans est réglementée et nous devons être accompagnés par un Ranger sur le petit parcours comme sur le grand : de 1/2h à 3h de marche pour parcourir le chemin qui serpente dans le bush . De beaux spécimens de dragons sont vautrés dès les 1er mètres sous le logement en bois des Rangers, les odeurs de cuisine les attirent parait-il.
Nous remontons un thalweg où un point d’eau à peine visible, c’est la saison sèche, rassemblent toute la faune : buffalos, chevaux sauvages,etc et les fameux varans qui se nourrissent exclusivement de viande et se regroupent alors à 5 ou 6 pour attaquer les ruminants.
Les femelles pondent leurs œufs dans des aires où plusieurs trous sont creusés pour déjouer les prédateurs. Une fois éclos le petit varan se réfugie dans les arbres pendant 5 ans et se nourrit d’insectes et d’oiseaux pour échapper à la voracité des siens y compris de sa génitrice. Ces reptiles sont présents sur les 2 iles Rincah et Komodo pour une population d’environ 1000 à 1500 et quelques spécimens sur Flores. Personne n’a pu découvrir encore comment ils ont pu venir et se reproduire ici.
Dans la baie, un superbe voilier de Nous aurons l’honneur d’être invité et de déguster un excellent couscous arrosé de Nuits Saint Georges 2004 ...un grand moment !!! 28 septembre La route est longue en revanche jusqu’au prochain mouillage : Teluk Potoppudu au NW de Sumbawa mais quelle récompense .... !!! C’est « la porte étroite » pour y accéder, la passe ne fait pas plus de 30m de large et ne se laisse deviner qu’au dernier moment. On distingue à peine la baie profonde qui la prolonge
Pos : 08° 22 902 S ; 117° 10 344 E Tout une suite de pêcheurs arrivent avec leur pirogue, « Bagous.....bagous !!! » « C’est bien, c’est bien !! » et le sourire aux lèvres
Je me défait des derniers cahiers, crayons, T.Shirts , cigarettes, que tous attendent avec une patience sans limite. Et lorsque nous irons faire un tour au village l’après-midi, ce sera quasiment l’émeute, une flopée d’enfants nous entoure et nous accompagne, des « blancs » sur leur planète, c’est le miracle !!! D’ailleurs, je propose à Xavier de se présenter aux prochaines élections...à 30 septembre Et nous voilà reparti vers l’Ouest, direction Bali ou le NW de Lombok selon les conditions de vent et de marée. Dès la sortie de la passe nous sommes saisis par un vent de SW en plein dans le pif, voilà qui va nous obliger à faire du près ; ce n’est pas vraiment l’allure la plus confortable et nous devons prendre 30° plus au nord pour pouvoir tenir.....20/25 puis 25/30 nds c’est rude mais nous sommes au débouché du chenal entre Sumbawa et Lombok et j’escompte bien qu’au fur et à mesure que nous avancerons, le vent s’orientera plus travers pour devenir pétole une fois le chenal dépassé ; En fin de nuit effectivement ça se calme mais même cause même punition, ce sera pareil entre Lombok et Bali où il nous faut à nouveau réduire la toile et se faire taper. Ras le plot ! je décide d’aller m’abriter dans un mouillage au NW de Lombok en attendant des heures meilleures. De plus le mouillage s’appelle Syrrah de quoi nous mettre le vin à la bouche !!! Pos : 08° 21 424 S ; 116° 06 386 E Et une bonne nuit ne sera pas de trop pour affronter le vent et le courant entre les 2 prochaines iles et rejoindre la marina de Bali au SE de l’ile Ce fut d’ailleurs une très bonne idée car après avoir rejoint la plage nous découvrons un super hôtel de luxe avec bassins, colonnades et statues balisiennes, une petite merveille isolée dans les palmiers où Xavier m’invite pour un repas d’anthologie d’autant plus apprécié que nous avons fonctionné aux minutes-soupes depuis 3jours .....encore un très grand moment !!! Samedi 3 Octobre La marina de Bali et son chenal d’entrée jusqu’à Benoa : pour l’avoir pratiqué de nuit l’an dernier, je n’en garde pas un souvenir rempli d’émotion. Il est mal signalé, de vagues piquets marquent le platier et ça ne manque pas, je m’éloigne de quelques mètres et me voilà malgré la marée haute sur 1m d’eau, je rectifie la course au plus vite et je suis enfin dans le droit chemin (toujours difficile pour moi qui n’aiment pas les sentiers battus !!!) La marina est complète, impossible d’y mettre nos amarres, alors je mouille devant en bordure du platier ....risqué !!! Pos : 08° 44 459 S ; 115° 12 866 E Bien vite nous effectuons la presque totalité des procédures douanières et administratives, dans l’ordre : Harbour Master, Immigration, Quarantaine, Customs, Navy, coups de tampons ( la société qui vend les tampons en Indonésie a de beaux jours devant elle !!) papier carbone,photocopies, formulaires en 4 exemplaires et pour nous achever nous allons faire le shopping à Carrefour l’après-midi !!! Quelle belle journée !!! Dimanche 4 octobre On range, on lessive, on internet, on recoud, on fait les vidanges et les changements de filtre ; Le matin même vers 4h, à marée basse, je jette un œil dehors, histoire d’admirer encore la pleine lune, et que ne découvris- je pas : Apsara est à 1m du platier, le sondeur indique 1m, et je suis à 1m du cata voisin ...Grands dieux de la mer, nous voilà posés !! C’est pas tout à 1Fr, c’est tout à 1m !! Il va falloir dégager le bateau doucement en posant une ancre à l’arrière et le ramener à l’aide l’annexe dans le bon sens.... 2h de manœuvres et quelques cm d’eau en plus, je peux enfin me prendre un petit dej du dimanche (sans croissants !!) mais pour la grasse mat’ il faudra revenir en 2eme semaine !! Mardi 6 octobre 09 Tout est prêt, on peut enfin envisager, une fois l’étal de marée haute, rejoindre la mer, la vraie et se diriger vers Kalimantan ( Borneo) dont nous sommes séparés par quelques 450M ; En suivant le chenal, la barre me parait dure et une fois au large, le pilote auto ne fonctionne plus. Retour à la case départ, à l’ile de Seragan toute proche exactement où je sais que Yves et Caroline avec « Maricea » sont installés. Yves et Caroline sont tout de suite venus nous donner un corps mort disponible et très vite Yves vient me donner la main pour essayer de comprendre la panne. Petit à petit, en remontant un par un les éléments, nous découvrons que la rotule du vérin du pilote est sorti de son logement et que le capteur d’angle de barre est dévissé. Bien sûr, tout ce beau monde est logé sous la barre au fond du cockpit, il faut se contorsionner pour remettre le tout en place, pendu par les pieds, la tête en bas dans l’espace minuscule ; On réinitialise le pilote, ça a l’air de fonctionner, merci Yves , merci Xavier, je suis épuisée, et il nous faudra une bonne bouffe au petit lolo( petit restau au bord de la route) du coin pour regonfler le moral des troupes. Mercredi 7 Octobre
Vous n’allez pas me croire, mais lorsque nous partons de Seragan, en faisant route vers le nord , le compas magnétique indique la bonne direction, les repères visuels aussi et tous les GPS à bord ( il y en a 3 !)nous donnent une route à 80° à l’est .... Panique à bord, se peut-il que la guerre soit déclenchée et que les satellites ne fonctionnent plus ? Le phénomène reste incompréhensible, j’interroge tous les personnes disponibles par mail faute de téléphone, quand au bout de quelques heures de ce trajet incohérent, la course donnée par les GPS semble plus « normale » et la lumière se fait sur le changement de cap : tout simplement un énorme courant d’au moins 6 à 8 nds vers le sud qui nous déroutait (au propre et au figuré !) tranquillement sans rien nous dire !!! Ca a du rire dans les chaumières de ceux que j’avais interrogés !!! Cette fois, c’est le vrai départ, de nouveau les rafales nous saisissent sous le vent de l’ile de Bali et nous atteindrons Kalimantan, dans la baie de Putting, le samedi soir suivant après 4 jours de nav tranquille vent arrière. Pos : 03° 18 946 S ;111° 44 852 E Dimanche 10 octobre Si nous voulons nous rapprocher, de nos proches parents, les orangs outans, nous devons remonter la rivière Kumai sur 5/6 M et nous mettre en rapport avec une agence locale pour aller leur rendre visite. « Un bien petit pas pour Apsara et un grand pas dans l’histoire de l’humanité » ! Nous mouillons en face d’un petit village sur la rive gauche de la rivière où nous serons plus abrités. Pos : 02° 51 098 S ; 111° 43 944 E Lundi 11 Octobre Une fois l’annexe à l’eau, il faut traverser la rivière pour essayer d’avoir des infos...et du gazole... « la vie n’est pas un long fleuve tranquille » A peine 100m de parcourus, que le moteur de l’annexe tourne à vide, plus de propulsion....re retour à la case départ et re les mains dans le cambouis !! Le moyeu caoutchouc qui solidarise l’hélice avec l’axe a l’aspect d’un machouillis de réglisse, il va falloir jouer les Mike Gyver pour le remplacer. En attendant, je hèle un bateau de pêcheurs qui va bien nous faire l’honneur de nous emmener jusqu’à l’autre berge pour au moins faire le plein de gazole et nous voilà sur un bout de rafiot d’à peine 1m de large, les fesses posées sur les poissons séchés qui embaument sur 3 lieues à la ronde !!! Le temps de réparer une pale de l’éolienne qui a été massacrée par un bateau venu nous proposer ses services et l’hélice de l’annexe et voilà encore 2 jours de perdus, d’autant que, comme je ne peux pas faire ma sortie d’Indonésie ici, je dois aller dans une marina toute proche de Singapour pour faire les formalités et...2 jours de plus !! Le rêve de nous rapprocher de notre ascendance s’estompe peu à peu...hélas !le temps de prendre contact avec l’agence et d’organiser le déplacement sur 2/3 jours, c’est trop juste si je veux être avant la fin Octobre pour Xavier à la marina de Sebana Cove à 10M à l’Est de Singapour et y laisser le bateau en hivernage. « Eh ! les cousins ! attendez-nous! on reviendra vous voir, c’est trop dur de rater un RDV comme ça !!! » Mercredi 14 octobre Entre les réparations, le bidonnage et le déluge orageux, la foudre est tombée sur un arbre à 200m du mouillage, nous avons encore bien occupé la journée du mardi, et le mercredi matin nous embouquons le chenal étroit d’à peine plus de 4m de profondeur à certains endroits qui va nous permettre de reprendre le large. Il faut partir plein Ouest pour contourner la pointe SW de Kalimantan et remonter ensuite NW pour atteindre la sortie NE de Singapour Strait .....570M au total . Excepté la sortie à la pointe SW de Kalimantan où nous avons touché du vent de NW à 15/20 nds pendant quelques heures, les autres jours se passent dans l’uniformité de la pétole, d’une mer douce comme un lac et d’une route droite comme un I ! D’énormes cargos nous croisent, venant ou allant à Singapour ...les aléas du commerce et du transport reprennent leurs droits, il vaut mieux être vigilant car bien peu se détournent pour nous laisser la route mais Xavier se fait un plaisir de les contacter sur la VHF pour leur demander ce qu’ils transportent ; Si vous souhaitez connaitre l'histoire d'Apsara depuis le début , allez sur le lien : http://micladapsara.over-blog.com et si vous souhaitez soutenir le collectif vigilance-mercantour :http://www.vigilance-mercantour.fr/balcons/index.php suite de l'article Kupang Singapour Et moi, telle une vieille jument qui sent l’écurie, j’ai hâte d’achever cette route interminable où Eole nous a déserté. Samedi 17 Octobre « Le cassoulet sous les Tropiques » Entre les Tropiques il y a l’Equateur, ligne mythique, qui réunit 2 mondes plutôt qu’elle ne les sépare, Hémisphère Nord, Hémisphère Sud ; Ligne géographique inventée par les hommes, depuis Erathostène ( 276 avant notre ère) qui le 1er utilisa les repères orthonormés pour établir une carte , jusqu’à Ptolémée qui au 1er siècle de notre ère, va déterminer la latitude et donc les 1er parallèles , définira ainsi les Tropiques et l’Equateur. Le tour est joué et la Terre ceinte d’une ligne imaginaire n’a pas fini de tourner : « Eppure si muove ! » Pour qui la franchit sur la mer, c’est un instant particulier de fête, spécialement pour les novices qui pour la 1ere fois la traverse. Xavier est de ceux-là et ça valait bien un baptême à l’eau de mer et une bonne bouffe arrosée de vin français. En découvrant le désert qui règne dans les coffres de nourriture, il apparaît que seule une boite de cassoulet pourra faire l’affaire ainsi qu’un Bordeaux de 2005 qui saura bien nous régaler. 9h du soir, 30° règnent encore sous le taud, et vaillamment nous mâchouillons notre cassoulet, arrosé du Bordeaux qui s’avère infâme. Il n’a pas supporté la frontière et nous voilà dans l’Hémisphère Nord qu’Apsara a quitté depuis maintenant 2ans ½ . La fête n’est pas grandiose mais nous nous rattraperons à la marina de Nongsa qui va nous accueillir pour quelques jours afin de faire notre sortie définitive d’Indonésie ; Pos :01° 11 810 N ; 104° 05 838 E Elle est juste en face de Singapour à 10M de la marina de Sebana Cove qui elle est en Malaisie à l’est de la mégalopole. C’est dans cette marina de Sebana Cove qu’Apsara va gagner un repos bien mérité pour quelques mois. Pos :01° 24 766 N ; 104° 09 777 E Une fois rejoint la marina, nous allons le transformer en Belle au Bois Dormant, c'est-à-dire le mettre en hivernage et il m’attendra jusqu’au printemps prochain pour reprendre la route de Singapour à Phuket en Thaïlande. Tel sera le parcours de l’an 2010, avec le A bientôt pour de nouvelles aventures ... Des remerciements tout particuliers à Xavier qui a eu l’audace de me rejoindre, de me supporter, stoïque dans la tempête, imperturbable dans le roulis, sous les ordres un peu rudes des manœuvres à exécuter dans la minute, des mouillages en catastrophe, et des réparations qui font monter la pression. Encore un qui m’a laissée croire que mon rêve était possible ! Et la poésie dans tout ça ..... des ondes pourpres au soleil couchant, une sphère flamboyante au petit matin à peine éclairée sur l’horizon, Apsara qui court sur la vague toutes voiles dehors en ciseau ou dans le monde oublié du noir de la nuit, sans repères, tel un vaisseau fantôme, et juste l’eau qui bruisse sur la coque, une petite hirondelle qui se réfugie dans le carré, épuisée, puis que l’on tient dans le creux de la main, et le sentiment intense d’avoir fait quelque chose de ces « Mourir n’est pas une affaire Quand vivre est possible Un ailleurs vaut mieux que mille ici ; Misère pour misère Ajoutons la peine du voyage La douleur de la déchirure Et la peur de se perdre ; Le bonheur de croire au lendemain Vaut bien le sacrifice de sa vie. Comme l’oiseau Comme le prophète Ouvrons nos ailes, secouons nos sandales Et marchons dans le vent Brûlons la route La Terre promise est quelque part dans le monde « Harraga » Boualem Sansal Claire Singapour Oct/Nov 2009 Si vous souhaitez connaitre l'histoire d'Apsara depuis le début , allez sur le lien : http://micladapsara.over-blog.com et si vous souhaitez soutenir le collectif vigilance-mercantour :http://www.vigilance-mercantour.fr/balcons/index.php Cairns Australie /Kupang Indonésie Jeudi 13 juillet 2009 Je savais les Australiens champion du monde de rugby , mais depuis une heure que nous appelons le Harbour Port Control dans le chenal d’accès à Cairns , je découvre qu’ils sont aussi champion dans l’art de se refiler la patate chaude !!! Belle reconversion ! 1/2h plus tard nous obtenons un agent qui nous conseille d’attendre la venue dans le bureau de Mr Smith ( Dupont local ...) qui saura nous diriger . Appel réitéré ...Mr Smith nous renvoie sur Mister Laught ou Caught ( faut-il rire ou tousser ?) qui nous invite à prendre patience : « un agent va vous répondre....ne quittez pas ... » Faut-il appuyer sur la touche * ? L’envie me prend de leur asséner un bon coup de combiné pour leur faire découvrir la couleur de la touche * ....quand, enfin une voie susurre de nous adresser directement à la marina Marlin .Dont acte ...il était temps car je suis devant l’entrée de la marina après 6M de chenal balisé !!!! Une fois à quai, nous appelons la « Quarantine », service de santé, en ayant bien pris soin auparavant de planquer tout ce qui restait de délicieux de la traversée : fromage, charcuterie,œufs, beurre etc.... Visite donc de la « Quarantine »pour vérifier que nous n’introduisons pas dans leur continent des produits qui pourraient leur apporter la peste ou le cholera ....on a déjà de la peine à s’introduire ...alors, vous pensez bien ... ! Au passage, l’agent me taxe de quelques cotons-tiges en prétextant en avoir besoin... !!!!Décidément ces Aussies n’ont pas fini de m’étonner. Puis viendront les « Customs » les douanes , si vous préférez, et nous voilà régularisés dans le pays des kangourous, auxquels je finis par trouver une certaine ressemblance avec les autochtones ...en particulier l’administration ...bonjour nos amis les bêtes !! Ne désespérons pas, nous allons encore subir quelques séances de ce type ....contrôle, contrôle, contrôle ....la filtration des arrivées et des séjours est une technique bien au point chez les Australiens. Avant toute chose, profiter des bienfaits de la civilisation : douche ... quel délice ! et restau ...le bonheur !!! Au moins une chose de bien ici, la bière et les steaks frites de dimension respectable ! J’avais concocté un petit séjour à Cairns, non pas parce que je suis une fervente des Australiens, vous l’aurez compris, mais parce qu’il nous faut nous rendre à Sydney pour établir nos visas pour l’Indonésie ; ça, c’est le 1er argument, mais nous avons aussi une furieuse envie de visiter cette ville dont l’Opera House, mondialement connu, est un des joyaux 17-21 juillet 5 jours de folie à Sydney Lundi, dès la 1ere heure, nous devons nous rendre au consulat d’Indonésie. En attendant, direction les quais et le fameux opéra, merveille architecturale qui a mis pas moins de 10ans à s’achever mais dont le site et l’harmonie nous subjuguent littéralement. Sa renommée n’est pas usurpée, et tout en déambulant sur l’esplanade et les jardins alentours, nous ne pouvons pas manquer Bien sûr, on se booke une soirée, plus de place pour « Aida » de Verdi , tant pis ce sera « Fidelio » de Beethoven , le seul opéra qu’il aura créé d’ailleurs .....grandiose !!! La ville est un entrelacs de baies, rivières profondes, interrompues juste par quelques plages de sable clair, chaque anse est occupée par des voiliers au mouillage, cela étendu sur des centaines de km2, la mer dans la cité ; tout y est dévolu, des ferries sillonnent les bras de mer et rejoignent les presqu’îles une à une. Dans le cœur de la ville, se mélangent de vieilles maisons américaines du début du XX eme siècle et des tours immenses glacées comme des miroirs se reflétant les unes aux autres. Une tour, toutefois, a attiré notre attention, Sydney Tower, 330m d’élévation qui domine les quartiers chics et la baie principale : 360° de vue imprenable, et pour cause !! L’opéra parait minuscule mais quel site !!! Nous nous baladerons dans la presqu’île de Manly , les quais , le métro aérien (2 tours gratis , on a raté l’arrêt !!!) et dégusterons des glaces à n’en plus pouvoir .... Seule ombre au tableau :le musée maritime qui ne recèle pas grand-chose d’autre qu’une exposition sur l’évolution du maillot de bain, dont le but inavoué mais évident était de prouver qu’en 100 ans , la réduction de la superficie dudit maillot de bain s’est réduite de façon exponentielle ...intérêt médiocre ! Nos visas en poche et quelques kilomètres supplémentaires dans les chaussettes, nous rejoignons Cairns et les nécessités du départ : Woolworth ou le Carrefour local le dimanche pour faire l’avitaillement ...encore un grand moment !!! Entre-temps un spi tout neuf est arrivé à l’office de la marina ; Apsara va enfin pouvoir revêtir ses couleurs de coque : bleu, vert, turquoise, casaque beige, toque fluo...le voilà reparti dans la course à l’ouest. 24 Aout Nous reprenons la route, mais vers le nord cette fois en longeant la grande barrière de corail et en suivant les dizaines de feux qui bordent celle-ci le long de la côte. Un travail de fourmi m’attend à rentrer dans le GPS tous les Way Points qui balisent cette route tortueuse et il ne faut pas se rater car les chicanes sont étroites et les cargos gigantesques. Leur route est directe, pourquoi s’embarrasser de circonvolutions, certains nous rasent pendant la nuit, pas le temps de s’embêter pendant les quarts !!! Et pendant le jour, ce sont les « Customs », tiens ! encore eux ! ...qui nous contrôlent . Une frégate s’approche d’Apsara , nous sommes interpellés « ...papiers du véhicule s’il vous plait !! » ... « Customs Identification Number ... » identification du skipper , ah ! voilà qui les interpelle , une dame propriétaire et skipper , revérification , identité du passager , d’où venez-vous , où allez-vous ??? .. est-ce que je le sais moi , c’est le grand mystère de la vie ... Euh !non, pas de philosophie, il vaut mieux obtempérer vu la carrure du douanier !! Mais ça commence sérieusement à me gonfler ces contrôles, d’autant que la veille, nous avons été survolé par un avion de la « Rescue » traduisez « Sécurité civile » qui, nous l’apprendrons plus tard, fait également des missions de contrôle. Pourtant la côte est si belle, et on se prendrait bien à flâner dans cet immense chenal qui remonte jusqu’au Cape York, dernière terre avant le détroit de Torres, sillon infime d’à peine 10m de profondeur qui relie le Pacifique à l’Indien Nous allons rejoindre au terme de ce parcours une toute petite ville du nom de Thursday Island qui borde un des canaux de cette passe mythique. La navigation a été somptueuse, 20/25 nds au grand largue, sur une mer douce comme une onde, Apsara qui file 8nds sous génois tangonné, l’impression d’avancer tel un OVNI au ras de l’eau. Nous nous engageons dans Flinders Passage, entrée du chenal qui mène à Thursday Island ; Le mouillage devant la ville est très inconfortable mais il faut refaire les pleins de gazole, en bidonnant, bien sur, il n’y a qu’un poste essence et en ville. Voilà déjà de quoi nous charmer, sous la pluie, nous trimballons nos jerrycans puis filons nous mettre à l’abri en face sur l’autre berge plus abritée. Une nuit complète vient rétablir l’état général de l’équipage et nous partons visiter cette cité à la recherche d’un restau, d’un cybercafé et peut-être même de quelques particularités à découvrir ... Si ce n’était la présence massive d’aborigènes reclus dans ces territoires éloignés, nous nous croirions au Far West : une seule rue principale, quelques croisements dont la signalétique n’a pas fini de nous étonner vu le nombre de véhicule qui N’ayant pas trop d’infos sur la prochaine étape, Gove , je me dis que, peut-être, ces fonctionnaires sauront me renseigner. Nous pénétrons le petit jardin qui entoure le bâtiment et là, le spectacle qui nous est offert nous laisse pantois : une jeune fille, son bagde des Customs décorant un décolleté à la profondeur abyssale, est agenouillé devant un immense carton qu’elle peint consciencieusement à la bombe argentée. Xavier, plus attiré par le décolleté que par le motif de notre visite lui demande la raison de cette peinture ... « For a bed race » répond-elle avec un sourire angélique. Je savais les Australiens champions du rugby, du contrôle, de la patate chaude mais de là à les voir courir dans des lits en carton peint dans les rues de Thursday Island, j’ai un moment d’inquiétude sur mon état mental, j’hallucine, je vous jure que je n’ai pas abusé de la moquette !!! Xavier, le regard toujours fixé sur le décolleté, continue ses investigations et nous finissons par savoir que c’est dans le but d’établir des relations conviviales avec la population locale qu’ils promeuvent des animations de ce type. Ce sont les aborigènes qui doivent être contents de ce type d’amusements !!! Elle appelle finalement un des ses collègues pour répondre à nos questions trop pertinentes sur l’établissement douanier de Gove. Sa spécialité à elle, c’est les « bed race » pas les Customs !!! Et là , 2eme hallucination , nous voyons arrivé un individu badgé , bien sur, au look de missionnaire du XIXeme siècle , barbu , le regard perdu , l’air perplexe, en short et tong, ...... « voyons voir ....y a-t-il un établissement douanier à Gove ??? Mon Dieu ...oui ... euh ...mais vous devez au préalable satisfaire au remplissage du formulaire de la documentation de la « Quarantine » dont les règles sont particulières ici ...euh » Je commence à me mordre les doigts de ma démarche, Xavier est aux anges et continue de discuter avec la jeune femme. Le « missionnaire » appelle donc son collègue de la « Quarantine » qui, au bout d’ ½ heure arrive avec le document .... 3eme hallucination, ce monsieur responsable du service sanitaire porte un short d’où déborde une bedaine à l’effet « muffin » , un T.shirt à la forme avoisinant la serpillière et maculé de tâches de toute sorte ; Remplissage du formulaire, signature, je file, alpaguant Xavier au passage, j’ai perdu mon temps avec des allumés et je n’ai rien appris ! Et nous chercherons en vain un lieu où trouver internet , le réseau téléphonique aussi est inexistant Ici c’est vraiment le Far West !! 30 Aout La route pour Gove se passe tranquillement en alternant alizés et pétole . 1er septembre Il est 23h30 quand nous pénétrons dans la baie de Melville, les feux verts d’approche sont absents et la cité minière illuminée crée un décor d’apocalypse Pos : 12° 12 904 S ; 136° 41 623 E Je sens que ça va de nouveau pas me plaire ! Pour refaire les pleins, il faut bidonner, impossible d’accéder au quai de la jetée qui fait 10m de haut, qui est protégé par des pneus de la même taille et qui est orienté de telle façon que les voiliers n’en peuvent plus partir quand le vent souffle de l’Est ce qui est le cas 24h/24h en ce moment !! La ville est à une dizaine de km, il faut prendre un taxi et à nouveau trimballer nos jerrycans et le chariot pour les courses ....nous partons à la recherche d’un cybercafé histoire de prendre des nouvelles : pas de wifi même pas au yacht-club où on accoste ... Seule la bibliothèque possède 4 postes pour toute la ville et priorité est donnée aux scolaires dont c’est aussi le centre de documentation (normal !) Progressivement je sens monter en moi comme un malaise, un sentiment de révolte qui augmente d’heure en heure devant le spectacle qui s’offre à nous dans les rues et les lieux publics de Gove ; Tout comme à Thursday Island c’est ici le territoire des aborigènes, population d’origine aux rites et aux croyances séculaires. Je vais témoigner maintenant de ce que j’ai vu et de ce que je pense au sujet de l’extinction d’une ethnie ; c’est un génocide qui ne dit pas son nom, discret, efficace, dont bien peu ont entendu parler. Vous prenez quelques émigrants anglo-saxons, prisonniers ou bagnards de préférence, vous y mettez à la tête un capitaine de l’armée anglaise et vous envahissez un continent grand comme l’Europe. Vous avez tôt fait d’en exterminer la population locale d’environ 1 million, population complètement adaptée à son environnement et dont les rites et les croyances sont totalement liées à la terre qui les fait vivre depuis des millénaires et qui comme les Incas n’ont ni armes ni moyens de défense. Deux siècle plus tard, quand il n’en reste qu’environ 40.000, vous vous excusez de ce massacre, et vous leur accordez un territoire qui deviendra leur propriété (sic !) Ce territoire, vous le choisissez le plus éloigné possible et le plus stérile, suffisamment éloigné en tout cas des sites touristiques, le nord par exemple, ça ira bien pour « ces gens-là ». Progressivement vous leur donnez des droits : celui de boire de la bière à volonté en ayant pris soin d’interdire l’alcool à la maison, vous leur offrez un pécule, c’est plus pratique pour payer la bière et vous les maintenez ainsi en état de dépendance dans un cadre de vie où ils n’ont plus aucuns repères. L’éducation, pensez donc ...pour ces gens-là...je n’ai pas vu un seul aborigène dans l’établissement scolaire, des soins...payants, bien sûr ! pour une ethnie qui avait la plus grande connaissance des plantes et de leurs vertus .... On peut appeler ça comme on veut, extermination, génocide, disparition progressive, apartheid, mais je vous avoue que le malaise n’a fait que s’amplifier quand nous rentrions dans un bar ou au yacht-club à la vue de la déchéance de cette population stérilisée par un système où seuls ne comptent que rentabilité et bénéfices. La cité minière avoisinante est là pour en témoigner. Quand nous interrogerons un « blanc local » après qu’il y ait eu une altercation entre aborigènes blindés à la bière « le gouvernement fait beaucoup pour eux » nous répondra-t-il et il aura tôt fait de se débiner devant nos questions trop pertinentes sur les aides apportées par le gouvernement. Je n’ai rien vu de bien différent à Lhassa où les chinois ont mis à disposition des moines tibétains qui se sont engouffrés dans la spirale du désespoir : les jeux,l’alcool et la prostitution 4septembre Les formalités douanières de sortie du territoire, la « clearance » faite, je me prépare à quitter ce pays qui à l’exception de Sydney n’a rien eu pour me séduire. 3 contrôles aériens supplémentaires et je m’éloigne de ce continent sans regret où l’on peut par le biais de la feuille de chou locale qui vous fournit n° de tel et site internet , dénoncer les crimes de son voisin dans le plus strict anonymat En route pour l’Indonésie au 13.674 îles et aux multiples visages. 800M jusqu’à Kupang sur l’île de Timor , mais il nous faut dans un premier temps contourner le cap Wessel Pos : 10° 59 050 S ; 136° 45 720 E ; et faire cap à l’ouest jusqu’au bout de la mer d’Arafura ( mais prenez donc une carte !!!) 5septembre Une semaine environ, où le regard se perd sur cette ligne qui n’en finit jamais : l’horizon ; Sans le repère du soleil et de la lune qui à peu d’intervalle vont se coucher puis se lever dans la plus parfaite ressemblance, 2 sphères orangées dans l’obscurité à peine perceptible, il se pourrait que l’on soit dans le cercle où tout recommence, 360° d’infiniment bleu qui s’offre à nous dans tous les dégradés. Le monde à l’envers est identique à celui regardé par l’œil debout. Qui pourrait croire que parfois le ciel ressemble à s’y méprendre à l’océan qui le porte ?. Dans ce tout petit espace qu’est le navire et l’infiniment grand de l’océan, il y a 2 êtres qui survivent, refond le monde, se côtoient, s’ignorent, se reconnaissent, et communiquent. Ils vivent tout à la fois leur histoire personnelle et la partagent ...dans l’humour ...toujours, les grincements .. rarement ! Ils s’offrent des bonnes pintes de rire à ironiser sur le monde civilisé qu’ils n’ont quitté que pour un temps ... on n’échappe pas à son environnement. C’est ainsi que Xavier m’offre un morceau choisi du monde professionnel où il a vécu : « Jean se détendit en regardant l’arc de Triomphe. Tout allait bien, il progressait vite. En case review on l’avait débriefé : « Tu as un bon upwards management, un bon business sense et je n’ai pas de development needs à notifier. Continue, tu seras bientôt manager. D’ailleurs sur la mission TCC, conformément au workplan, il faut qu’on staffe 5 juniors sur la task force pour affiner le brainstorming, tu t’occupes de les demander à Alain et de les encadrer ? » Serein, il se mit au pack de FIL. Laurent lui avait bien spécifié : « termine l’issue diagram et fait la storyline (c’est-à-dire le markup). Demande à un junior de faire l’interview plan pour les key players et à un autre de calculer le total shareholder return, surtout en monthly, en daily ça foire ». Allez c’est parti. Mais avant, checker la bande passante return on equity - croissance de Thibaut. ”Ca ne marche pas, il a dû oublier de discounter l’equity des liquidités en cas de dette nette très négative”. Il écoute en parallèle sur bfm : « Suite au règlement de l’option de sur-allocation exercée le 1er avril par les banques chargées du placement etc.”. » Le tout agrémenté de Scrabble , Uno, et autres furiosetés , voilà la vie à bord 9 septembre Pour l’heure, j’ai bien besoin d’un matheux pour me faire et refaire les calculs de gazole , ira-t-on jusqu’au bout ???? La pétole s’est installée depuis 3jours et même si parfois il nous arrive d’y croire à cause d’une embellie de quelques heures, on risque bien de devoir rejoindre la côte au plus vite pour refaire les pleins mais où ?? bonne question ....Maxsea est d’une imprécision dramatique sur la côte SO , le Lonely et la carte routière nous fournissent des indications assez vagues sur les villages de cette partie-là de l’ile ....C’est l’aventure !!! Samedi 12 septembre De calcul en calcul, d’économie en économie, de jeux subtil avec le vent, le cap et le courant ô combien favorable, nous finirons par arriver à Kupang sans approvisionnement intermédiaire et nous poserons l’ancre devant un bar .....bienvenu !!! Là une rude tache nous attend : nous devons rencontrer Mr Napa Rahman détenteur de notre « original permit cruising » sésame sans lequel nous ne pouvons faire notre entrée dans le territoire. Par ailleurs il a été fait état de taxes indues par les customs locaux sur les yachts, traduisez corruption .... ! Très vite nous sommes accostés par un jeune qui va se charger de jouer les intermédiaires, encore un, mais nous n’avons pas le choix car il parle anglais et peut prendre contact avec les différentes instances. Aussitôt, la quarantaine est là, 50 US $ et une bouteille de vin et j’ai le document et d’un !!! Mr Napa Rahman est introuvable, nous sommes samedi, vendredi est congé dans les pays musulmans et dimanche dans les pays chrétiens, une chance l’Indonésie est les 2 à la fois. A l’heure où je vous parle, il y a peu de chance pour qu’une solution soit trouvée avant lundi ; Allez, je vous tiens en haleine jusqu’au prochain chapitre qui sera celui de la dernière étape : Kupang -Singapour ou plus exactement la marina de SebanaCove juste en face en Malaisie à quelques milles à l’est. Kupang Indonésie Claire. « Les aborigènes ne pouvaient pas croire que le pays existait avant qu’ils ne l’aient vu et chanté – exactement comme au Temps du Rêve, le pays n’avait pas existé tant que les ancêtres ne l’avaient pas chanté...... Avant que les Blancs ne viennent, personne en Australie n’était sans terre, puisque chacun recevait en héritage un tronçon du chant de l’ancêtre et un tronçon du pays où passait ce chant. Les strophes que possédait un homme constituaient ses titres de propriété. Il pouvait les prêter à d’autres. Il pouvait en emprunter à d’autres en retour. Mais par contre, il lui était impossible de les vendre ou de s’en débarrasser ; Lorsque, par exemple, les anciens du clan du Python décidaient qu’il était temps de chanter leur cycle de chants du début à la fin, des messages étaient envoyés, tout au long de la piste, pour convoquer les propriétaires des chants du grand conseil. L’un après l’autre, chaque propriétaire chantait son tronçon d’empreintes de pas de l’ancêtre..... » Bruce Chatwin « Le chants des pistes » 1967 Si vous souhaitez connaitre l'histoire d'Apsara depuis le début , allez sur le lien : http://micladapsara.over-blog.com et si vous souhaitez soutenir le collectif vigilance-mercantour :http://www.vigilance-mercantour.fr/balcons/index.php Port Vila – Cair 14 Juillet Allez ! j’y vais de ma petite robe et de mes perlouses , un 14 juillet à l’ambassade de France à Port Vila , ça mérite bien ça !On a pas tous les jours l’occasion de rencontrer le Président de la République des Vanuatu et de déguster la bonne chère française régalée par nos impôts !!! Auparavant j’ai tout de même sacrifié aux rites du décrassage, nettoyé mes mains maculées de graisse, brossé les ongles en deuil et apporté à ma tignasse un semblant de discipline !!! Depuis le départ de Fernand, je n’ai pas cessé de bricoler et d’apporter les dernières améliorations au fonctionnement d’Apsara... J’ai du remonter un circuit électrique avec un « breaker » ( traduisez un fusible) sur le guindeau , bien m’en a pris , vous verrez par la suite pourquoi , , j’ai refait l’étanchéité du bloc moteur dudit guindeau , fait la vidange et changer le filtre à huile et plein d’autres bricoles agréables de ce genre à vous transformer en harpie « propre » ( !) à faire fuir un régiment de mecanos !!! Mais ce soir c’est le grand soir, festivités, apparats, et surtout je vais récupérer Xavier à l’aéroport ....une nouvelle histoire commence ..... Avant d’accueillir Xavier, j’avais du en raison d’un gros coup de vent d’ouest ( ça arrive toujours la nuit ces petites bêtes –là !!) déménagé sur une bouée du yacht-club pour me mettre à l’abri ; je peux ainsi contempler la baie de Melé bien à l’aise sur Apsara qui ne bouge plus, et accueillir mon nouvel équipier qui découvre sa spacieuse cabine ,avant de récupérer du décalage horaire . Je lui laisse le soin de se présenter : « Hello ! Je suis un peu une étrangeté parmi les équipiers que vous avez vu peupler le voilier de Claire, je ne suis pas un ancien élève de cette dernière !!!! .... contrairement à Etienne et Fernand ... Et je viens de Tours, ville, ...si ce n’est pas un crime !!! ...loin tant de la montagne que de la mer !! Mais la Touraine se rattrape comme elle peut avec ses arguments, c’est une terre de bonne chère un bon Vouvray vaut bien un Champagne moyen, un Montlouis liquoreux accompagné de petits boudins noirs et de rillons ouvre l’appétit , un Bourgueil sur la viande nous régale , et , pourquoi pas un Sancerre du Saint –Maur de Touraine achève de vous envoyer au paradis .....aller –simple de préférence !!! Nous nous sommes rencontrés avec Claire en 2003, lors d’un stage aux Glenans Irish Sailing Club pour naviguer sur la côte Ouest et un bout de la côte Sud de ce pays extraordinaire qu’est l’Irlande . Des quarts en mer, aux longues discussions en passant par les pintes dans les pubs au son du violon, nous nous sommes bien amusés et avons gardé contact En 2007 , Claire me propose de la rejoindre sur son voilier Apsara ; je suis malheureusement cloué au bureau , à Paris ...mais je rêve en regardant par la fenêtre...d’autant plus intensément que j’ai reçu , comble de la cruauté , les photos d’Apsara qui est tout simplement magnifique .. Lorsqu’en octobre 2008, je démissionne, je peux cette fois répondre à l’invitation pour juillet 2009 ... » Bingo !!! , c’est parti !!! » J’ai quitté mon job de conseil en stratégie, conseiller des grands groupes sur leurs investissements à 10 ou 15 ans, car j’en avais assez de ce milieu qui ne voit le monde que par la rentabilité, indépendamment de toute conséquence humaine. On peut décider de virer plusieurs centaines d’employés pour gagner quelques millions de plus, dans le confort et la moquette épaisse d’un hôtel particulier. Ce n’est pas ma vision du monde, surtout dans une vie si courte et illusoire, voulant retrouver un milieu plus humain plus proche des enseignements de la nature. J’ai commencé par passer 5 mois au Caire, à apprendre un peu d’arabe de fin janvier au 3 juillet, et me voilà débarqué le 14 juillet à Port Vila , sur le voilier de captain Brondex !! Ah ! la vie est dure , si vous saviez, dans le domaine du vent, à jouer sur la houle, à prendre des apéros avec d’autres voileux et à rire avec Claire... Surtout qu’il faut que j’apprenne son langage : «Passe-moi la panosse ! » veut dire : « passe-moi l’éponge ! » .. ... le « margouillat » c’est le geko qui se chauffe au soleil, chez moi, un margouillat c’est un petit lac ... L’honneur d’Apsara est sauf, elle a battu au Scrabble en combat singulier un voilier d’amis !!! et je dois m’adapter à son niveau au Scrabble , remarquez !!! L’aventure, celle-ci du moins, se finira à Singapour, que je connais pour y avoir passé 6 mois, et où nous allons nous taper la cloche !!! Non, vraiment, je ne recommande cette vie à personne .... !! Et enfin, puisque nous sommes le 11 Aout , je souhaite une excellente fête à Claire, arrosée ce soir d’un bon Bordeaux !!!! » 15 Juillet En 2 jours nous allons faire les pleins d’avitaillement, alcool, cigarettes en détaxe ( on ne se refuse rien à bord , le moral du soldat est toujours au fond de la gamelle !!!)clearance de sortie à la douane , immigration et aperos chez Oukiok et Toccata pour finaliser les « au revoir » « La Terre est ronde, on se retrouvera ! » Et la 1ere étape d’un long chemin s’effectue le 17 juillet en se rendant à la baie d’Esema Petite étape pour parfaire les connaissances et profiter une nouvelle fois de ce joyau au bout de Havannah Port Pos :17° 33 142 S ; 168° 16 900 E 18 Juillet Le lendemain, nous partons tôt, 60M à courir sans vent ou presque pour rejoindre Lamen Bay sur l’île d’Epi A la nuit tombée, nous repérons le mouillage, qui roule toute la nuit ballotté par la houle qui rentre Pos : 16° 35 764 S ; 168° 09 808 E Et au matin , c’est l’émerveillement , là ... devant le cockpit ...à quelque « Lucky, very lucky !!! » nous diront les locaux quand une fois à terre nous les rencontrerons Un petit village, quelques gamins qui nous aident à remonter l’annexe et plus loin une école avec des bâtiments bien alignés, quelques mots d’accueil et se présentent à nous 2 enseignants , l’un de menuiserie, l’autre de géographie . Ils nous font visiter les bâtiments et me revoilà plongée dans l’atmosphère de la salle des profs !!!! Puis nous allons manger chez Tasso, dont le guide nous dit qu’il est la référence et la mémoire de ce village. Le sourire qui accompagne la platée de riz agrémentée de mahi-mahi (dorade coryphène) nous réjouit le cœur. Déjà nous sommes sous le charme de cette population généreuse. 20 juillet Nous rejoignons les iles Maskelynes au sud de Malekula dans la baie d’Awai Pos : 16° 32 047 S ; 167° 46 144 E Le vent a soufflé en rafales toute la nuit. Nos voisins, un voilier orange de plus de 13m a chassé et nous nous retrouvons côte à côte le lendemain. Quand nous partirons au petit matin, c’est avec des yeux éberlués qu’ils nous regardent passer au raz de leur proue, ne comprenant pas très bien ce qu’il leur arrive. !! Quelques instants auparavant, il y a eu l’incident du guindeau et je vous explique maintenant l’utilité d’un « breaker »sur un circuit électrique aussi important que le guindeau. La zapette , ainsi nommée car elle ressemble à s’y méprendre à une télécommande de télé est en réalité la commande électrique du guindeau ( non !non ! ne croyez pas que nous autres navigateurs avons une télé dans chaque cabine ....vous plaisantez !!!) Cette zapette, d’un âge respectable a eu la fâcheuse idée de se déliter subrepticement et de se découper tout autour du bouton de commande « montée »...le petit bout de plastique se coince dans le boîtier et zzzzcruuuuiiiiiiigggggg.....la chaîne remonte à toute allure et l’ancre vient se bloquer sur le davier avec le moteur du guindeau qui tourne toujours ......la sanction est immanente : cramer le moteur du guindeau ......si ....si ...s’il n’y avait eu le breaker qui disjoncte le tout .....Il me faudra quelques minutes pour comprendre le scénario et rejoncter le breaker à qui je voue une reconnaissance éternelle, ainsi qu’à Guy qui m’a incitée à le mettre en place !!!! Allez, direction Port Stanley , plusieurs mouillages sont possibles dans cette baie bien abritée normalement , mais c’est sans compter avec l’alizé qui se lève de plus en plus fort sous les grains : rafales à 40 nds dira l’anémomètre, heureusement nous sommes au portant et nous allons finalement nous réfugier dans la baie de Norsup Pos : 16° 03 800 S ; 167° 23 682 E 22 juillet Nous avons eu contact à la BLU avec Jean-François et Karine du catamaran Intiaq .... Rappelez-vous ( pour ceux qui suivent depuis le début les aventures d’Apsara )nous avions traversé le pacifique des Galapagos aux Marquises de conserve avec eux . Je les avais rencontré de nouveau l’an dernier à la marina de Papeete. C’est l’heure des retrouvailles, j’en suis émue car ils ont pesé lourd dans la balance achat d’Apsara et je leur dois une certaine reconnaissance de m’avoir incité à ce choix . Et j’ai d’autres raisons de me réjouir ; entre Norsup et Luganville sur l’ile de Santos , c’est 35M de vrai bonheur , 20/25 nds de vent , un ciel aussi limpide que l’eau d’un glacier , et la mer qui se pare de crêtes blanches et dentelées sur l’eau turquoise qui déferle ... Un sentiment de plénitude dans cet environnement bleu coupé en 2 et Apsara qui file 7 nds sous génois seul .... J’aurai presque des regrets de venir mouiller près de Aore Resort en face de Luganville et d’interrompre cette magie Pos : 15° 32 009 S ; 167° 11 210 E Pour clore cette journée exceptionnelle c’est encore la fête qui nous régale : grande soirée buffet au restau du Resort , musique des Vanuatu et danses locales . Tous les yachties sont présents et se mettent à danser aussi, Xavier m’entraîne dans la farandole .... !!!! 23 juillet Il faut refaire les pleins avec un AR à Luganville , ville sans charme , vite , vite, vite ,nous retournons au calme du mouillage et nous repartons le lendemain en direction d’Oyster Bay à l’Est de Santos . La 1ere passe d’entrée dans le lagon est claire et sans souci, la 2eme marquée par des piquets rouges et verts est parsemée de patates de corail alentours ... J’ai pris les WP donnés par le guide, mais notre arrivée à marée haute se fait avec le soleil dans les yeux , je suis les WP , les piquets me semblent marquer une série de patates sur bâbord et on ne distingue , ni l’un ni l’autre la couleur des piquets . A pas mesurés, j’avance ...Xavier est à l’avant .....soudain : « A TRIBORD ...A TRIBORD ....A TRIBORD ........A BABORD ....A BABORD .....A BABORD !!!!!! »....je sens Apsara se transformer en slalomeur, il ne manque que les genouillères ....JDDDDOING !!!! , ça a touché , une dernière patate sur la gauche et de nouveau le sondeur remonte ,....pppffffff !!! la pression baisse ... J’ai complètement raté l’entrée et suis passée pile sur la zone proscrite ; Optimiste, je me dis que j’aurais pu rester planter là comme le voilier précédent mais Apsara a des ressources cachées ....ah !ah !ah ! c’est un dériveur intégral et je peux donc remonter la dérive jusqu’à 1m de tirant d’eau ... A vrai dire, je ne suis pas très fière de moi car Intiaq m’avait donné les infos !!! Pour se consoler, on va s’offrir un bon repas au restau du Resort qui borde la petite ile en face du mouillage. Pos : 15° 22 619 S ; 167° 11 452 S 28 juillet Nous nous sommes donnés RDV à Port Olry dans la baie de Thion au NE de Santos avec J-François et Karine C’est le plein d’émotion, nous avons tellement de choses à nous raconter ; J-François et son merveilleux accent valaisan , et qui m’assure qu’il ne faut pas prendre l’Helvétie pour des lents, ternes, .... la cuisine de Karine qui nous régale d’un confit de canard et de bananes flambées , un blanc d’Australie qui en remontrait au meilleur des fendants valaisans, un petit rosé de Provence,..... Hélas, nous nous croisons, eux retournent vers le S et nous nous poursuivons vers le N.... « La Terre est ronde, on se retrouvera !! » Nous repartons la besace chargée de moments chauds et le ventre plein et aussi une multitude d’infos sur les mouillages dans les Banks au N, dernière étape avant notre départ pour l’Australie. Encore une belle nav entre Port Olry et la baie de Pwtevut sur l’ile de Gaua d’environ 40M Pos : 14° 18 775 S ; 167° 25 891 E On devine les 2 plages de sable noir et quelques masures sur les hauteurs, déjà les canoés arrivent et c’est chef André qui nous accueille, sourire aux lèvres et fier de présenter sa communauté. Puis un autre canoé nous apporte des fruits, son propriétaire habite en face à droite de la plage et nous propose de nous faire découvrir la « water music ». Pour découvrir ce spectacle, nous nous rendons à terre avec quelques savons, allumettes et autres présents dont la communauté a le plus grand besoin. Ces iles du nord des Vanuatu ne sont desservies que par des liaisons aériennes rares et fort chères ; les villages vivent donc en autarcie et ne sont donc visités que par les rares voiliers de passage, entre 10 et 20 par an. Mais les navigateurs se donnent le mot et chacun y va de son paquet de piles, de vêtements, de cahiers/crayons pour l’école, et de produits de 1ere nécessité. 3 femmes arrivent avec un large sourire, ce sont elles qui vont nous faire découvrir ce qu’est la « water music » : immergées jusqu’à la taille, elles frappent en rythme, avec leurs mains et leurs avant-bras l’eau qui éclabousse et résonne ; les sons sont scandés de petits cris , l’ensemble est parfait et vaut bien toutes les Star’Ac du monde . Chef André nous a rejoint, et nous invite à une petite réception de bienvenue demain. Il faut dire que nous arrivons en pleines festivités de l’Independance Day . Lorsque le lendemain nous approchons du village, je n’en crois pas mes yeux ni mes oreilles, l’espace commun est nettoyé en un tour de main et nous sommes invités à nous asseoir très solennellement en attendant qu’un chœur de jeunes filles et un petit orchestre se mettent en place ; chef André nous invite à nous lever et nous souhaite la bienvenue, 2 jeunes filles nous parent de colliers de fleurs et Xavier, bien sûr a droit à toutes les œillades. L’émotion m’étreint, quel accueil, j’y vais aussi de mon petit speech .... ! Quelques restaurateurs et autres commerçants haut savoyards devraient bien venir faire un stage ici !!! Visite de l’école : tous les enfants sont scolarisés mais, même modique, une participation financière est demandée aux parents, qui, n’ayant pas de revenus mais beaucoup d’enfants ( en moy 4)hésitent à leur faire poursuivre leurs études. Et je ne peux manquer de faire le parallèle entre le système français où la scolarité est obligatoire et gratuite, ce qui impose d’assumer un enseignement même dans les régions les plus reculées et de prendre en charge complètement les enfants scolarisés, avec le système anglo-saxon où tout est payant et que le plus fort ( le plus riche) gagne . J’ai vu aux Marquises en Polynésie ce que peut être la qualité des services publics : école, poste, dispensaire, transports. Rien de tout ça ici où le monde britannique a laissé son empreinte, et quand vous interrogez les chefs, petits ou grands,tous vous disent, bien que ne regrettant pas l’indépendance,qu’ ils auraient préféré que l’Etat français se maintiennent ici au moins pour un temps . Un peu d’Histoire, peut-être, vous dormirez moins bête ce soir !!! Les Français et les Anglais ont colonisé cette terre dès la fin du XIXeme siècle ainsi que les Australiens mais sous une forme beaucoup plus dramatique en pratiquant le blackbirding ( lisez « Raga » de JMGLe Clezio ) N’arrivant pas à se départager la possession, il est décidé d’établir un Condomonium en 1906 : le Condominium des Nouvelles Hébrides où l’on pouvait être aussi bien français qu’anglais. La guerre de 1940 remet tout en cause et un mouvement indépendantiste voit le jour et se manifeste de plus en plus dans les années 70 ; Le 30 juillet 1980, l’indépendance est acquise à la République des Vanuatu. 30 juillet Prochain mouillage à 30M , la baie de Water Fall Bay sur l’ile de Vanua Lava Même scénario à l’arrivée, chef Kerely nous accueille et nous indique le meilleur emplacement de mouillage Pos : 13° 49 556 S ; 167° 22 932 E 2 immenses cascades jumelles marquent l’entrée de la baie bordé par la village sur la droite Bien sûr, nous sommes invités par chef Kerely à une cérémonie de bienvenue . Il nous faut faire honneur l’après-midi à l’accueil prodigué et je fouille tout le bateau pour trouver les quelques objets usuels qui pourraient les ravir ; Quand noud arrivons, la table est dressée et toute la famille nous attend pour le repas traditionnel : riz , lap-lap, écrevisses ( la rivière au-dessus en regorge !!) igname et bien sur kava ... Nous repartons à la tombée de la nuit, la panse pleine et le cœur léger. Chef Kerely s’est enquit de notre départ, il nous faut partir tôt car le mauvais temps arrive ; avant que nous ayons relevé l’ancre, il arrive avec 4 énormes langoustes, qu’il a pêchées pour nous pendant la nuit, et un joli panier d’osier tressé rempli de citrons. Sa sœur et son beau-frère arrivent aussi, le canoé chargé de fruits, haricots, patates douces,et d’un sac plein d’écrevisses ; Comment les remercier, comment leur dire ce que peut représenter pour nous ce partage, cette générosité, nous qui vivons dans un monde de rentabilité, où le libéralisme ne profite qu’à une société fermée insensible à l’humanité. Pour Xavier qui vient de démissionner de cet univers professionnel-là, le contraste est saisissant 31 juillet Dernière étape avant le grand départ pour l’Australie, la baie de Norsup sur l’ile d’Ureparapara.... Cette baie est en réalité le cratère d’un ancien volcan qui forme l’ile, elle est profonde, engoncée dans les falaises que nous ne verrons car le mauvais temps est là . Il nous faut mouiller sous un grain violent qui limite la visibilité . Heureusement, malgré le déluge, un canoé s’approche et nous indique le meilleur endroit,la pioche est posée, ouf ! on va aller se sécher Pos : 13° 32 473 S ; 167°20 500 E Le tableau idyllique que nous avions rencontré dans les iles précédentes est ici plus mitigé. J-François et Karine nous avaient parlé de la querelle des chefs qui semblaient sévir dans cette communauté et effectivement quand Andrew nous fait visiter le village, on ressent comme un malaise ; l’accueil est cordial, sans plus. Nous devons nous rendre à l’école car il y a un jeune instit qui parle et enseigne le français sur cette ile perdue totalement dépourvue de liaisons hormis une radio sur la cote nord. J’ai remis en main propre les cahiers, crayons, et autres commandes renseignées par Intiaq ; Pauvre instit, sans nouvelle de sa famille depuis son arrivée ...mais l’école est proprette, construite en dur, elle a été financée par la communauté européenne. 1er Aout C’est l’attente, les prévis météo ne sont pas bonnes, il faut repousser le départ. Effectivement, il pleut et vente tout le we 3 Aout Lundi Nous rejoignons la terre pour saluer nos hôtes et en particulier Andrew avec lequel nous avons eu le meilleur contact, car cette fois, c’est décidé, nous levons l’ancre pour rejoindre un autre continent probablement moins accueillant et plus administratif : l’Australie 3 Aout / 13 Aout : La traversée, pétole, grosse baston et alizés ! Ca commence calmement, nous sommes encore sous le vent de l’ile, mais dès la nuit tombé c’est l’alizé, les « trade wind » qui nous rejoignent 15/20 Nds de vent SE alors que de gros paquets nuageux s’éloignent . 5 Aout Un record : 155M en 24 h, je suis épatée par les performances d’Apsara, moi qui le tenait pour un char d’assaut !!! Travers, largue, c’est ce qu’il préfère ! en voilà une belle journée !! Et nous avons bien fait d’en profiter car au petit matin, juste avant le changement de quart à 6h, le vent tourne dans tous les sens, on y voit goutte, la pluie se met à tomber et soudain, c’est le grain, violent, qui arrive. Le taud arrière et le bimini qui nous protège du soleil et de la pluie au dessus du cockpit flapent dans tous les sens ...il faut vite choquer la GV qui est déployée en totalité...pendant ce temps-là, le taud se déchire puis la fermeture éclair qui le solidarise au bimini lâche à son tour. Compte tenu de la violence du vent et de la mer qui commence à creuser, il faut mettre les harnais et s’attacher pour pouvoir récupérer ce qui reste du taud et du bimini, d’autant que nous ne sommes plus du tout protégés des rafales et de la pluie qui nous cingle. J’attends quelques instants un calme hypothétique pour aller réduire la GV mais l’accalmie tarde et l’anémomètre affiche toujours 40/45 nds Boudiou ! en voilà une belle baston !!! Xavier, imperturbable sous l’adversité, me propose avec le sourire quelques biscuits ...non ! vraiment! pas envie .. ; mais merci Xavier de cette petite fleur dans la tempête !! Il faut aller réduire car la GV va aussi y rester ; je vais au pied de mât et ne laisse avec l’enrouleur que l’équivalent du 3eme ris c'est-à-dire pas grand-chose au plus 6/7 m2 Quand je reviens dans le cockpit, le loch affiche toujours 6/7 nds de vitesse fond et l’anémomètre est toujours à 40/45 nds ..... soudain, record battu :une rafale à 59 nds !!! Une chance, Apsara est au portant et même s’il joue la lessiveuse, nous voilà tranquille en attendant la fin de la perturbation qui n’arrivera que le lendemain matin aux aurores ; Mon bel Apsara comme le petit cheval blanc n’a pas bronché pendant l’orage, oh ! que je suis contente d’être avec toi dans ces moments-là !!! La suite du parcours ne pourra pas être pire alors on sort le La suite effectivement sera une alternance de pétole et d’alizés, les jours, les nuits de quart s’égrènent, contact avec Intiaq à la BLU, une petite bouffe, lecture, discussions, on ne voit pas le temps passer ...il faut calculer l’arrivée de façon à être au petit matin à la marina à Cairns pour solliciter la visite des autorités douanières dans les meilleures conditions, les Aussies n’étant pas réputés pour leur souplesse administrative Le 13 juillet à 9h nous entrons dans la marina Malrin et à 11h nous en avons terminé avec les autorités....j’ai encore médis !!! Pos :16° 55 137 S ; 145° 46 906 E Nous allons nous octroyer quelques jours de visite à Sydney, histoire d’aller voir si l’Opera est toujours là et finaliser nos visas pour l’Indonésie,.... la route n’est pas finie !!!!...et c’est probablement de là-bas que je vous narrerai la suite des aventures d’Apsara Cairns le 14 Aout 2009 Claire Si vous souhaitez connaitre l'histoire d'Apsara depuis le début , allez sur le lien : http://micladapsara.over-blog.com et si vous souhaitez soutenir le collectif vigilance-mercantour :http://www.vigilance-mercantour.fr/balcons/index.php Le départ de Noumea , la météo ... Samedi 27 juin 09 Dix jours que nous voilà partis à l’aventure de la mer Le jeudi 18 sous un soleil radieux et un léger alizé ( pour une fois !!!) nous nous dirigeâmes vers l’est en direction de Port Boisé , première étape avant la pleine , la vraie mer .. Le temps s’est couvert et le lendemain matin itou mais Fernand aguerri dans le lac Léman, n’hésite pas à aller faire un tour dans l’eau vers les patates de corail alentours. On va attendre le début d’après-midi pour se diriger vers la passe de la Havannah ( étal de marée haute oblige ) qui nous donne accès au cap pour se rendre à Anatom , l’ile la plus au sud des Vanuatu ; La veille la météo annonçait du NE, pas vraiment ce qui convient pour cette direction mais pas trop fort ( 15/20 nds ) , nous étions donc assurés de naviguer au près ... bonne école pour les novices que sont Nadège et Fernand ... En fait de NE 15/20 nds , très vite nous avons subi des rafales à 30 puis 35 nds et comme je suis particulièrement performante dans ces moments-là avec l’électronique ,je réussis l’exploit de déconnecter le pilote automatique... Fernand, habitué à ma pédagogie de mise en situation ( il fut lui aussi, rappelez-vous, un ancien très ancien élève ... !) résiste jusqu’à la tombée de la nuit où le mal de mer le saisit traîtreusement ...un petit vomi et il reprend la barre courageusement . Nadège en revanche, ne peut plus émettre aucuns sons, ni faire aucuns mouvements, terrassée par un mal de mer au proportion inquiétante ... Quand au milieu de la nuit, je réalise que nous tirons des bords carrés malgré le moteur et que nous n’avons parcouru que quelques milles en 3 heures, je décide de prendre la route la plus courte pour rejoindre Maré la plus au sud des iles Loyautés et pouvoir relâcher,se poser un peu Seul moment poétique dans le noir de la nuit, une faible lueur qui va s’enfler comme un petit bonheur, la lune transparaît à travers les nuages et nous offre son sourire moqueur ; Nous mouillons enfin devant le petit port de Maré, à peine à l’abri mais il fallait se poser car Nadège n’en peut plus, il va falloir prendre une décision ..... Pos :21° 32 754 S ; 167° 52 310 E Et dès le lendemain matin, nous rejoignons la gendarmerie pour trouver une solution de rapatriement sur Noumea ; La présence française dans ces petites iles éloignées de Grande Terre est remarquable : gendarmerie qui nous dirige immédiatement au dispensaire où Nadège est prise en charge par le médecin de garde, soins, contact avec l’aéroport pour connaître le 1er vol sur Noumea et transfert dès le début d’après-midi pour un vol immédiat ....Elle a retrouvé la terre ferme et son épisode ne lui laissera qu’un mauvais souvenir ....injustice de la perception ..... !!! Au petit matin suivant, avec Fernand, nous quittons le petit port de Maré dans lequel nous nous sommes finalement réfugiés car le mouillage à l’extérieur était trop rouleur. Nous repartons les bras chargés de papayes et d’avocats offerts par les gens de Maré Le ferry qui rejoint les iles est annoncé, il faut donc laisser la place ..... et nous prenons le cap de Lifou plus au nord. Bien nous en a pris, car là ce sont 2 belles surprises qui nous attendent : 1- Une minuscule marina bien abritée derrière la jetée du ferry nous accueille, cernée par le corail Pos :20° 55 130 S ; 167° 16 708 E 2- Etienne, mon équipier de l’an dernier est à We , capitale de Lifou avec sa douce compagne Marianne , prof de physique au lycée . Nous nous retrouvons près de la marina, un peu par hasard, mais avec le plus grand bonheur .Ils vont bien sur nous faire profiter de cette ile pleine de charme, PMT , traduisez snorkeling ou balades dans l’eau avec palmes masque et tuba, à Jinek , Doking , Dreulou dans l’immense baie de Santal , coté ouest . Et le soir, nous serons initiés au rite du kava au nakamal local, ça ressemble étonnamment au bistrot de nos campagnes, en tout cas , ça a la même vertu , entretenir des liens sociaux en bavardant une boisson à la main . Pour ce qui est de la boisson en revanche il y a une grosse différence , c’est infâme à tel point que ça se boit cul sec et une partie est heureusement rejetée pour satisfaire les ancêtres.. !! Non seulement c’est pas bon, mais en plus ça a des vertus laxatives qui se feront sentir dès le lendemain matin .... il faut bien sacrifier aux rites locaux ... !!! Le cocasse de la situation, c’est que les 2 anciens élèves se mettent à discuter de randonnée à ski dans le Chablais dans un bistrot au milieu du Pacifique ....tous les 2 sont d’Evian et tous les 2 sont skieurs !!! Difficile de traduire le mot neige en kanak .... ! Une nouvelle grosse perturbation orageuse de NW est annoncée pour la fin de la semaine ; Ca nous laisse peu de marge pour aller à Ouvea plus à l’ouest et où les mouillages ne sont pas protégés pour cette direction de vent ; Nous sommes dans l’obligation d’attendre que Dame Météo nous soit plus favorable, peut-être lundi pourrons –nous aller mouiller dans la baie de Doking au nord de Lifou . Lundi 29 juin Nous quittons effectivement la marina avec très vite un bon petit vent d’WNW mais il faut se rendre à l’évidence le mouillage de Doking ne sera pas abrité et on part donc direct sur Port Vila , Le vent est cette fois dans la bonne direction jusqu’à la tombée de la nuit où il faiblit ....alors ce sera moteur !!! Première nuit de quart pour Fernand, qui s’acharne sur les Sudoku .... Le lendemain en milieu de journée , le vent s’installe SSE puis SE , 15/20 nds , un vrai régal de voir enfin Apsara sous génois et grand voile , pas un nuage et la mer qui blanchit sur les crêtes ..... Nous irons ainsi jusqu’au soir, à l’entrée de la baie de Melé ; Tout au fond sur la droite, il y a Port Vila et, déjà, nous devinons les lumières de la ville qui palissent l’horizon ; Il est 21h, nous avons passé les feux clignotants vert et rouge de l’entrée de l’anse bordée par la capitale des Vanuatu ..... Il faut repérer la bouée jaune de quarantaine, nous mouillons à vingtaine de mètres de celle-ci , ça mérite un apero ,et dodo !!!! Pos :17° 44 241 S ; 168° 18 559 E Le lendemain sera consacré comme c’est l’usage aux formalités douanières Fernand se programme vite une plongée avec un club local pour visiter les fonds locaux. Et le surlendemain, nous filons visiter la baie de Havannah au nord d l’ile , il y a juste quelques milles à parcourir pour se retrouver dans un petit paradis , la baie de Esema ( mon esprit contrepéteur l’aurait plutôt appelé Emesa ) , Pos :17° 33 141 S ; 168° 16 905 E Dès que nous arrivons, les gens du village de Tassiriki viennent nous saluer, ils s’en retournent dans leur village sur l’ile de Moso et traversent en pirogue, le bras de mer qui sépare Efate de Moso . Ils viennent sur l’ile principale où se trouvent leurs jardins et vont ainsi au marché de Port Havannah vendre fruits et légumes .Au passage, ils nous offrent citrons, papayes, bananes en échange de T-shirts et de stylos Nous irons faire une petite visite au village de Tassiriki et c’est le chairman de l’école primaire qui nous guide, fier de sa petite école où 74 enfants apprennent à lire et à compter. Malgré tout dans sa voix transparaît un peu de déception devant la pauvreté des installations, il nous avoue non sans mal que le gouvernement n’offre pas grand-chose à ces écoles et qu’il faut faire avec les moyens du bord ... Au mouillage les tortues viennent pointer le bout de leur museau dans l’eau lisse comme un miroir, un dernier petit tour vers les coraux, et c’est le retour sur Port Vila, puis les derniers achats avant le transfert à l’aéroport . Lundi 6 juillet 09 Me voilà seule sur Apsara en attendant l’arrivée de Xavier, mon prochain équipier qui arrive le 14 juillet, on va fêter ça en fanfare !!! Alors je joue les touristes en mal d’exotisme et je m’offre une « kayaking adventure » En guise d’aventure , c’est le nourrissage des tortues et des requins pointe noire , inoffensifs dans un aquarium , qui nous occupe d’abord , puis une longue balade sur une rivière bordée de mangrove, sur une eau plate comme la main . Bon ,certes , je ne m’attendais pas à descendre le Colorado , mais c’est agréable et ça me change des petits potins du mouillage où viennent d’arriver, revenant de Santos , Anne-Marie et Joel du voilier Oukiok que j’avais côtoyé à Papeete et à Port Moselle et qui sont de Sallanches !!! Pas de pot pour eux, ils remontaient vers le nord des Vanuatu et leur pompe à injection a rendu l’âme, retour donc à Port Vila sous voile et au près ... A part faire de la mécanique et de l’électricité, on se demande bien ce que l’on fait sur un voilier ..... !!!! « Cross the fingers »comme disent nos voisins, pour l’instant tout marche sur Apsara !!!! La prochaine étape avec Xavier devrait nous mener jusqu’au nord des Vanuatu, les iles Banks et Torres puis route de 1200 MN vers Cairns en Australie si les vents et la mer le veulent bien comme d’habitude ..... C’est là que j’espère vous retrouver pour vous narrer nos nouvelles aventures .... Claire Port Vila le 10 juillet 2009 Si vous souhaitez connaitre l'histoire d'Apsara depuis le début , allez sur le lien : http://micladapsara.over-blog.com et si vous souhaitez soutenir le collectif vigilance-mercantour :http://www.vigilance-mercantour.fr/balcons/index.php Noumea , Nouville , Port Moselle , et enfin la mer !!! J’avais quitté Apsara en août dernier sur son ber au chantier de Nouville Plaisance à Noumea , calé tranquillement en attendant la remise à neuf . J’avoue que j’étais partie un peu lasse de tous les problèmes mécaniques et j’attendais patiemment l’arrivée de Guy ( mon mécanicien préféré) à Noumea pour qu’il se transforme en fée Clochette et qu’avec sa baguette magique , il redore le blason d’Apsara de la quille au balcon . Guy est arrivé à Noumea fin décembre 2008 , y a rencontré une nouvelle compagne Brigitte , a goutté à la lune de miel en janvier 2009 et en février , devinez ? ??? .... sans se déguiser en fée Clochette il s’est attelé à la tâche, de quoi décourager le plus endurci des mécaniciens ..... Quand je suis arrivée le 3 avril de cette année , le bloc- moteur était en bas de la descente , la culasse au milieu du carré et le reste éparpillé dans les 2 cabines arrières débarrassées de leur matelas et autre confort . J’ai réussi pour quelques nuits à me glisser dans la cabine avant et il n’aurait pas fallu avoir quelques kilos de plus pour pénétrer dans l’interstice laissé par l’accumulation du bazar environnant !! Miracle, un mois et demi après et quelques suées vite épongées par les panachés, tout est réparé , relooké ( bleu , le moteur il est !!!) et surtout tout fonctionne ; la 1ere sortie le 15 avril avec Régine du voilier Galdu ne laissera apparaître que quelques réglages infimes . Guy, comme à l’accoutumée a fait des prouesses avec des diagnostics infaillibles et des solutions évidentes .... Tout est fin prêt pour l’arrivée de Nicole, qui, il ne fallait pas en douter, ne m’a pas apportée la grippe porcine ...mais le mauvais temps qui va nous clouer une semaine à Noumea , avec 3 jours de pluie consécutifs . On en profite bien sûr, pour s’enculturer , et en particulier rendre visite au centre le plus célèbre de Nouvelle Calédonie : le centre J. Marie Djibaou à quelques encablures de la ville dans un parc enchanteur au bord de la mer . L’architecture de ce site en fait tout son attrait, les différents espaces rappellent les cases des tribus kanaks et ont la particularité de s’élever vers le ciel avec élégance dans un entrelacs de perches de bois , symbole de la forêt avoisinante . L’aquarium aussi aura notre visite, nautiles, napoleon juvénile ( l’ancien spécimen du nom de Leon venait de rendre l’âme !!! )... La pluie nous cueille à la sortie et pour nous réchauffer nous irons manger une glace à l’anse Vata chez le fameux glacier « la Sorbetière » Quand enfin une amorce de « botan » ( on n’ose prononcer le mot tellement le sort s’acharne !!) se déclare , nous faisons discrètement les pleins et on se tient dans les startings , prêtes à décoller à la 1ere éclaircie . Raté ....le samedi est pire que la veille, On attendra dimanche pour aller se caler à l’ilot Mato Pos : 22° 33 123 S ;166° 47 768 E , à mi- chemin entre Noumea et l’ile des Pins Les vents de 20 nds de SW nous prennent de plein fouet et il faut aller se réfugier dans la baie de Koubé à l’ile Ouen pour enfin obtenir un peu de calme mais pas vraiment de chaleur car comme les « 2 vamps », le soir dans le cockpit, on a mis les fichus, les petites laines et les chaussettes, bien heureuses de se réfugier sous la couette dès la tombée de la nuit Pos : 22° 26 800 S ; 166° 48 866 E Dès le lendemain quand le soleil nous réchauffe, nous quittons ce beau mouillage pour se rendre à l’île des Pins tant désirée ... Et là je vais vous poser un petit dilemme philosophale sur l’éloge de la différence ou bien sur le contraste de l’humanité personnifié par 2 cas d’humanoïdes très différents :vous prenez d’un coté une femelle au demeurant sympathique mais qui ne goutte guère le mouvement généré par la mer sur un bateau et qui se retrouve dans la situation de restituer tripes et boyaux avec le contenu ( pas de jeu de mot svp !!!)dès que la côte s’éloigne d’un mille ( et qui a même avoué avoir rendu son 4 heure sur une planche à voile !!!) et ,qui, forcément n’a guère apprécié le petit vent de 15 nds de sud qui propulsait Apsara à 7 nds , puis de l’autre, une également femelle mais qui a la banane dès que la voile se gonfle , que le cap est mis sur la mer et qu’Apsara fend les flots : comment ne pas jouir de cette navigation au près , réputé fort rare, pour atteindre cette ile située au SE de Grande-Terre ; Mais dans le même temps,difficile d’apprécier quoi que ce soit quand le boyau se révulse ;l’injustice de la perception est manifeste bien que ce soit la gente féminine qui soit concernée dans les 2 cas ... à méditer pour ceux que la misogynie atteindrait !!! La diversité c’est la vie a dit Th. Monod !!! Quand, enfin, la plage de sable blanc et les cocotiers se pointent devant l’étrave, c’est le sourire retrouvé avec les cahouètes et l’apero . Nous mouillons dans la baie de Kuto .Pos : 22° 39 601 S ; 167° 26 434 E Cette baie de Kuto est un joyau, une perfection de la nature, un croissant de lune bordé de galon blanc contrasté par le vert de la végétation et des palmes des cocotiers qui se courbent au vent . Nous allons vite faire un tour à terre pour découvrir encore plus beau, la baie de Kanumera qui n’est séparée de la précédente que par un tout petit isthme et qui enserre un rocher sacré en son milieu . Ce rocher n’est pas accessible car il est un lieu sacré pour les kanaks . Vous vous en doutez, l’envie me prend d’aller mouiller dans ce havre magnifique, moins bien abrité, certes,du vent de S mais tellement beau Nous irons pédaler un petit peu auparavant en louant des vélos au gîte qui borde la plage, un petit tour à Vao la capitale de l’ile des Pins éloigné de quelques 6km . Nous rendrons visite à Saint Joseph lieu où se réalise encore le travail des pirogues à balancier puis à Saint Maurice où les 1ers missionnaires sont arrivés : curieux contraste entre les sculptures kanaks et la statue du saint !!! Au retour, changement de mouillage pour aller goûter la paix du soir dans la baie de Kanumera . Pos : 22° 39 866 S ; 167° 26 723 E Mais le mouillage est vraiment trop rouleur et retour donc le lendemain sur Kuto . Le jour suivant, nous réservons cette fois un taxi pour nous rendre dans la baie d’Oro à l’est de l’ile . C’est ici que se trouve le plus grand hôtel de l’ile dont les habitants ont su précieusement conserver le caractère unique. Cet hôtel est enfoui dans la végétation et rien ne vient perturber la beauté du site exceptionnel ; Une autre faveur nous attend car la tradition veut que le meilleur restaurant pour déguster des langoustes grillées se trouve ici au bord de la baie sous les cocotiers . Un petit bain pour se mettre en appétit ....et là .... silence, s’il vous plait , c’est un moment d’anthologie car les portions sont dignes de la jouissance : une langouste et demi par personne !!! La météo fait une nouvelle fois des siennes ; comme nous nous rendons à la piscine naturelle en suivant un chenal de sable clair et que nous nous baignons après avoir consciencieusement laissé nos vêtements sur un caillou, un grain se déchaîne, des trombes d’eau se déversent ; nous voilà trempées comme des soupes, dégoulinantes des pieds à la tête avec une serviette aussi inondée que le reste ...pauvre taxi qui a vu se transformer son véhicule en mare à c C’est la fête sur l’ile : 3 jours de foire et un mariage, ( pas d’enterrement !!) , nous rejoignons Vao une nouvelle fois pour découvrir les stands sur le stade ... En fait de découverte, c’est une bonne partie de la population locale qui s’avère en état d’ébriété avancée dès le matin suite aux festivités du mariage, quelques spécimens sont souls comme des barriques et braillent sur le bord de la route avec une démarche qui en dit long sur leur taux d’alcoolémie ....heureusement les ballons n’existent pas encore dans ce paradis....ils seraient bien incapables de souffler dedans !!! Bien sur, l’animation sur le stade a quelque retard, mais peu à peu la foule arrive et nous découvrons avec émerveillement le travail de tressage réalisé par les femmes pour décorer les stands .. On ne résiste pas à quelques achats avant de découvrir la cérémonie de la « coutume » par les officiels représentants la France et la population locale : chacun y va de son cadeau, tradition oblige ... Des groupes de danseurs d’ici et de Polynésie nous offrent un sympathique spectacle, bien émouvant pour moi qui l’ai quittée il n’y a pas si longtemps puis nous nous régalerons de brochettes de poisson et d’escargots de l’ile pour ce qui me concerne ( on en trouve qu’ici , il fallait les goûter... !!!) L’inquiétude du retour en stop nous saisit un peu car, vu l’état des conducteurs, nous avons quelque doute sur la conduite ...coup de chance, c’est une jeune fille bien mise qui nous convoie jusqu’à Kuto , on a survécu , ça mérite un apero !!! Nous avons retrouvé au mouillage Daniel et Brigitte d’Excalibur , que j’avais connus 2 ans auparavant au Guatemala . Nous ferons de conserve le dimanche l’ascension du pic N’Ga , 265m pour admirer l’ile dans son ensemble depuis la baie de Gadji tout au nord jusqu'à l’ilot Brosse tout au sud ; heureusement le temps est clément et la lumière qui baigne le lagon révèle généreusement les camaïeux de vert , turquoise et bleu . Le lundi 1er juin , Nicole ne se sent pas de faire à nouveau la traversée jusqu’à la baie de Prony sur Grande Terre , la houle annoncée est de 2m à 2m,50 avec un bon vent du S , 15/20 nds .Elle prendra mardi suivant la navette qui fait l’A.R sur Noumea en 2h , de quoi nettement abréger ses souffrances .... Je reprends donc la mer seule pour rejoindre la baie de Prony où je mouille dans le fin fond à la baie est du Carénage . Pos : 22° 18 187 S ; 166° 51 436 E . Un grand bonheur que ce parcours d’environ 40M avec un vent portant de 20/25 nds et Apsara qui file sous génois seul à 7nds ... en reprenant la trace de l’ilot Ouen puis en entrant vent arrière dans l’immense baie de Prony . Cette baie que j’avais déjà visitée l’an dernier avec Pierre et Francine a été défigurée sur la cote E par l’installation de mines de nickel et d’usines de traitement du minerai. Tout dernièrement, une catastrophe écologique y a eu lieu puisque des tonnes d’acide sulfurique y ont été déversées, soit disant par mégarde en faisant des essais de canalisation ... Des milliers de poissons détruits surnageants sur les berges ont fait la Une des quotidiens locaux , la faune et la flore atteinte au plus haut degré alors que l’ilot Casy qui est au milieu de la baie est un espace protégé.... Qui a entendu parler de ce désastre en Europe ?? Il y a un travail immense à faire sur cette terre en matière de protection et de préservation. Tout y est permis : l’usine de nickel de Ducos aux portes de Noumea crache en continu des tonnes d’ammoniaque et de poussière du traitement du minerai , l’air y est parfois irrespirable à proximité de la zone, et tout se déverse dans la baie avoisinante .... Les intérêts économico-politiques ont le dessus, comme à l’accoutumée ....justifiés par l’emploi qui est l’argument suprême .... !!! Le surlendemain, je file sous les averses à la baie suivante en direction de Noumea , la baie d’IUE dont le guide dit qu’elle se termine par une cascade bordée de pins colonnaires . Je me réjouis d’avance d’aller y faire un tour avec l’annexe .. ;;mais il faut d’abord sortir de la baie de Prony avant d’embouquer la passe de Woodin Ce sont des rafales à 35nds qui me cueillent au débouché et comme j’ai eu la flemme de remonter l’annexe sur le portique, je la vois danser derrière la poupe, avec l’angoisse de la voir se mettre sur le toit ; je prends le virage et.... ouf !!! me voilà dans la passe vent arrière , du rock elle est passée à la valse .....bouge pas ma belle , le slow c’est pour bientôt !!! Un grain de nouveau pour mouiller ( un comble !!) dans la baie d’Iue . Pos :22° 21 023 S ; 166° 44 604 E Et c’est encore, sous la pluie que je rejoins Noumea le lendemain matin et que je retrouve la marina de Port Moselle où Nicole m’attend . J’avais constaté une grosse fuite de courant lorsque j’allumais les interrupteurs du guindeau ( pour les ignorants , c’est le système qui permet de relever l’ancre avec un moteur électrique qui remplace avantageusement nos petits bras musclés !!!) ..... Le diagnostic de Guy tombe,implacable,court-circuit , le moteur a rendu l’âme,carbonisé par un usage intensif et il va falloir en trouver un autre .... Pendant ce temps-là, devinez quoi, il pleut à Noumea , alors on occupe le temps avec la visite du musée de la cité , remarquable petit musée sur la vie des Kanaks et des Mélanésiens . Pendant ce temps-là, devinez quoi, le PS se casse la figure en France une nouvelle fois et Sarkozy ressort une nouvelle fois vainqueur des élections européennes .... GRRRRRRR !!!! la météo, le guindeau, le Sarko , il est temps que je m’en alle .... !!! Et le moteur du guindeau est arrivé avec Fernand , mon nouvel équipier qui va nous accompagné jusqu’à Port Vila . Nadège , une amie de Guy sera également du voyage , néophyte , elle désire découvrir le monde marin et son enthousiasme est à la mesure de son apprentissage . Fernand , quant à lui , fait partie , comme Etienne, de ceux qui ont subi la rude férule du prof que je fus , lui aussi a survécu , une chance car il peut à ce jour m’accompagner sur ce trajet qui va commencer demain jeudi 18 juin ......un appel de la mer !!!! La dernière journée va être consacrée à faire les pleins et régler les modalités administratives de sortie de territoire ....un petit jeu particulièrement passionnant !!!! A bientôt de vous rejoindre à la prochaine étape , Le 17 juin 2009 Noumea Claire Phuket Male , de la Thaïlande aux Maldives , Fev , Mars 2009 23 fev 2009 Aéroport de Koweit City , 1h 30 du matin , Devant moi défilent d’étranges personnages en chemise de nuit blanche avec un torchon sur la tête . Comment se fait-il qu-ils ne soient pas couchés à cette heure ? Probablement parce qu’ils sont tous atteints par l’épidémie d’otite qui semblent sévir ici .... ? Avec l’air douloureux et crispé de celui qui peine à se réveiller , ils se tiennent l’oreille en émettant des sons gutturaux ...à moins que ce ne soit un réveil qu’ils maintiennent sur l’orifice auriculaire pour être sûrs de ne pas rater l’avion ? D’autres fantômes, plus rares, déambulent, noirs comme la nuit, est-ce le blanc des yeux qui fend le sommet de ces formes mouvantes ? La conscience me revient peu à peu quand je réalise que ce que j’ai failli prendre pour les toilettes est en réalité une salle de prière, je suis en pays musulman, très musulman dans le golfe arabique !!! Et plus de 35° Celsius me sépare de mon départ de Publier la veille au matin ...rude transition dont il faut bien supporter l’ampleur car les températures n’ont pas fini de grimper. Royal Phuket Marina : le trajet entre l’aéroport de Phuket en Thaïlande et la marina où se trouve SOLEJA a vu gagner quelques degrés en plus. Midi, c’est restau thai vers la marina Blue lagoon , petites gargotes sympas où se retrouvent les locaux et les propriétaires occidentaux des bateaux amarrés dans les marinas ;le soir restau à la marina Royal Phuket , plus chic , nous irons jusqu’à profiter exceptionnellement des services d’un chef français ....un régal !!! SOLEJA est étrillé, repeint à neuf, re antidérapanté , rebalconisé , bref relooké jusqu’au génois . Même la table du cockpit se verra remise à neuf....enfin presque ! Comme on a oublié de mettre le 2eme composant durcisseur dans la peinture , la table tarde à sécher malgré la température , 1 couche , 2 couches , la 3ème même avec durcisseur sera insuffisante , ça coule et ça colle , on pourrait presque faire concurrence à Dali avec ses montres molles . 3 Mars 2009 Enfin SOLEJA baigne dans son jus , enfin nous retrouvons un peu de fraîcheur en parcourant l’interminable chenal curieusement balisé par des pieux en ciment qu’il faut précautionneusement laissé sur tribord et qui nous mènent à la baie de Ao Tha Rua . Un petit détour dans la fameuse baie de Patong ; rien ne ressemble plus à un lieu touristique sur la planète qu’un autre lieu touristique : même plage de sable clair, même rues bordées d’échoppes où pendouillent de malheureux T-Shirts à la gloire du lieu et qui permettent aux touristes de dire « I’ve been to Phuket and Thailand ... !!! » « J’ai fait Phuket et la Thaïlande ... ! », même boites de nuit en rang serré dans la rue parallèle.... Bientôt les jet skis nous cernent, un parfum d’envahisseurs nous montent aux narines, et nous filons derechef dans la baie d’à coté, la baie de Kam Mara sous un déluge mais avec la certitude d’avoir le calme ; 5 Mars 2009 au matin Un petit bain rafraîchissant, histoire de nous remettre les neurones en place avant de router vers le Sri Lanka . Entre Phuket et le Sri Lanka , à quelques 300 Milles de la côte thai se dressent les îles Nicobar . Avec l’archipel des Andamans, c’est un territoire indien bien protégé, inaccessible aux dires des guides sans visas et sans « permit cruising ». Il parait même qu’à Nicobar sévit encore une population cannibale !!!! Cependant , comme dit Oscar Wilde « Je résiste à tout sauf à la tentation ! » Et comme 2 enfants avides de découvertes interdites nous repérons un superbe passage entre 2 îles de Nicobar : un long chenal bien marqué dont la traversée pourrait bien être tentante, un peu risqué mais ce ne sera pas pire d’ailleurs que « les canicules de Phuket qui ne m’ont pas emballées » (...contrepèterie !) Au petit matin, nous nous engageons dans le chenal et apparaissent peu à peu des habitations et ce qui pourrait bien s’apparenter à un cargo ...Oui !il s’agit bien d’un cargo mouillé devant un port qui n’a certes pas la taille de celui de Singapour mais tout de même .... ! La VHF grésille puis clairement les intonations se font plus insistantes, aucun doute c’est pour nous !: Go to port ...go to port …” nous nous approchons du port ...2 énergumènes sur la jetée n’ont pas l’air du tout d’accord et je réalise soudain la confusion ...il s’agit de « port side » babord en anglais ...surtout ne pas rentrer dans le port, nous serions piégés par les autorités ! L’injonction est évidente maintenant, il faut aller mouiller en face. Aussitôt débarquent la Navy , les douanes , la police sur une embarcation motorisée . Toutes les informations nous concernant, passeports , acte de francisation , etc , sont consciencieusement notées sur des feuilles volantes de récupération . Le contact est agréable, l’un d’entre eux plus amène nous dira même tout fier qu’il a navigué sur un 3 mats barque autour du monde pendant 18 mois. Ordre nous est tout de même donné d’attendre, quoi on ne sait trop .... ! L’après midi, nouvelle charrette avec la police moins conciliante cette fois. L’un d’eux exige nos passeports pour les vérifier à terre et souhaite que Jacques vienne pour vérification ...c’est le piège....surtout pas car alors il serait sur le territoire indien et passible de prison. Jacques refuse, les passeports et lui resteront à bord, les négociations se poursuivent tandis qu’un sous-fifre renote avec application toutes les informations données le matin même. Nouvelle exigence, nous devons fournir les photocopies de toutes les pages du passeport ....impossible .... ! Les palabres continuent...il leur faut aller chercher à terre une clé USB pour collecter les photocopies mise en mémoire dans l’ordi .. et ça dure l’après-midi ... ; Départ des autorités avec ordre d’attendre la « clearance de sortie ». Comme nous n’avons pas fait celle d’entrée, on réalise qu’ils nous font mijoter, histoire de nous faire payer le refus catégorique de leur laisser nos passeports et d’aller à terre. 17h Appel radio de Soleja « Quand va arriver la clearance ? ....Dans une ½ heure » 18h30 Nouvel appel ...idem ..toujours dans une ½ heure ... 19h 1ere ronde de la police autour du bateau Les feux du cargo et du port illuminent la berge en face ....Se mêlent aussi les sons de la musique indienne à l’appel du muezzin et aux aboiements des chiens, l’atmosphère est étrange sur la mer aux reflets multiples ; 20h30 2eme ronde Jacques a déjà pris sa décision, dès que l’activité au port aura cessé, nous filerons discrètement 22h30 3eme ronde Je suis aller me coucher depuis plus de 3 heures, il est 1h30 du matin, j’émerge, Jacques a fait le guet ...pas âme qui vive sur le port, les feux sont éteints . Avec les gestes d’un chat sur un toit mouillé, l’ancre est relevée, ½ tour gauche et Soleja file déjà à plus de 7 nds vers l’entrée de la passe, derrière nous c’est le calme, visiblement notre départ n’a pas suscité d’émotion ...pas de poursuivants... et dès la pointe sud de l’île dépassée la tension se relâche. Le capitaine peut enfin aller dormir avec la jouissance d’avoir filer de chez les indiens... à l’anglaise... avec des ruses de Sioux !!!! 9 Mars 2009 Eole est aux abonnés absents, ça fait un certain temps qu’il nous joue la fille de l’air, l’animal, quasiment depuis le détroit de Torrès et le début de l’Océan Indien Sur les quelques Dans la précipitation, rien pour saisir cette vision n’a fonctionné, ni camera, ni appareil photo, seule notre mémoire s’est imprégnée de cette image exceptionnelle. Le lendemain, un énorme cargo apparaît sur tribord dans le lointain. Vu sa trajectoire nous devrions être en route de collision, il se rapproche, il se rapproche, même route ? , opposée ? Sa route nous reste mystérieuse, c’est à n’y rien comprendre, mais que fait-il ? Il semble ne pas bouger ...effectivement, il ne bouge, pas de nom apparent, pas de lumière, personne en vue à bord, nous croisons le vaisseau fantôme tout de bleu vêtu . .... On fait parfois de ces rencontres au milieu de nulle part !!!!! En revanche des bateaux de pêche viennent nous rendre visite dès notre approche de la cote ; nous leur offrons des bières, T-Shirts , casquettes , tout heureux ils nous saluent avec des grands gestes. Pour ne pas arriver de nuit, l’entrée du port y est formellement interdit, nous avons mis SOLEJA sous voile et sereinement nous glissons jusqu’au petit matin devant la belle ville de Galle tandis que sa mosquée blanche et ses remparts se dessinent peu à peu dans le jour naissant. Nous devons mouiller devant l’entrée du port en attendant l’autorisation d’y entrer, nous avons également appelé l’agent qui nous servira d’intermédiaire avec les autorités. Les formalités rapidement faites, dès le lendemain nous irons faire le tour de la vieille ville où subsistent encore sur un fronton, de vieilles armoiries britanniques, puis des remparts aux dimensions impressionnantes. Comme nous prend l’envie de visiter un peu le pays, le roi de la débrouille et du tuk-tuk qui nous véhicule en ville, nous met en rapport avec un taxi détenteur d’un van spacieux. Ce monsieur nous organise un tour dans le pays parcourant les sites les plus célèbres et les plus attractifs : Ella et ses collines de théiers, le petit train entre Ella et Nanu Oya , Kandy la capitale du centre et son temple bouddhiste où est vénéré ( le mot est faible ) une relique du Bouddha sous la forme d’une dent . L’accès est surprenant de contraste : des jardins accueillants et parsemés de fontaines puis 2 monolithes s’appuyant l’un contre l’autre et formant une porte, une volée d’escaliers mènent ensuite à une galerie offrant le spectacle de fresques extraordinaires représentants des apsaras ( eh oui , il en existe ici aussi sous la forme de courtisanes aux seins opulents )enfin 200 marches qui nous permettent d’accéder à l’entrée de la ville . Un sphinx dont il ne subsiste que les pieds symbolisait la puissance du royaume et formait la vraie porte d’entrée de la ville ; encore une volée d’escaliers et le site se découvre, grandiose, dominant la forêt alentour, des salles se succèdent pour les réceptions et la réjouissance du souverain apparemment très amateur de danseuses et enfin une piscine creusée à même la roche d’une dimension respectable. Le lendemain nous irons visiter une ferme d’éléphants : -1ere séquence : le bain ; les petits se vautrent dans l’eau de la rivière, les adultes observent, s’aspergent, se balancent, puis tout ce beau monde rentre au bercail par la rue principale, des tonnes et des tonnes de masse grise vous frôlent lourdement ... petit, tout petit , on est, face à ces mastodontes !! -2eme séquence : le casse-croûte, les voilà tous rangés sous d’immenses hangars avec des branches, feuilles et autres végétaux qu’ils dépècent et enfournent goulûment ; En revenant sur la route pour Galle, on évitera soigneusement Colombo, sans charme et envahi par les embouteillages Au retour , nous retrouvons Marc et Julie sur leur catamaran Zorba , un couple de jeunes français qui a travaillé à Noumea pendant plusieurs années , ils vont partir en même temps que nous pour les Maldives et sa capitale Male . De nouveau, Eole est a pris des congés, on se traîne alors qu’une voile apparaît dans l’horizon derrière nous ...mais...mais, c’est Zorba sous spi qui bientôt nous rattrape ... ! Ah,non ! SOLEJA va pas se laisser faire comme ça !!! et Jacques met toute la toile , spi , génois tangonné , grand voile , c’est inédit mais ça marche ...quelques temps seulement car l’inéluctable arrive, Zorba est bientôt à coté de nous et nous allons même jusqu’à échangé un CD des mouillages des Maldives !!!! Le jour se lève à peine dans les tons de rose et d’oranger quand la côte des Maldives se laisse deviner ...nous franchissons bientôt la passe entre Male où se concentre tous les immeubles de l’archipel et l’ile d’Hulumale à droite, en partie gagnée sur la mer pour y poser l’aéroport. La passe d’entrée du lagon est un peu plus au nord signalée par un piquet remarquable ....soudain nous apercevons Zorba qui est déjà au mouillage dans le lagon, On prend au plus court pour les rejoindre .....scroiiiiing !!!poooong !!!scristchhhh !!! Ouille !Aïe !!! SOLEJA est posé sur le platier ballotté par la marée basse ...trop tard, nous n’avons rien vu avec le soleil dans les yeux .... On appelle vite à l’aide sur la VHF, Marc arrive avec du renfort mais ce sont les locaux avec une grosse embarcation de touristes qui vont nous sortir de là en couchant SOLEJA sur le flanc. Bien sûr, ça se termine à l’apero avec 3 autres français, dont l’un est propriétaire d’un Neptune 135 tout comme SOLEJA, il y en a 12 dans le monde ... ! Comme le monde est petit M’dame Michu !!!! Malgré tout, il va bien falloir se résoudre à satisfaire aux autorités qui comme nous le traduisent les autres navigateurs, vont nous imposer un agent pour le coût minimum de 400$ ; On tergiverse et finalement nous les appelons au téléphone pour solliciter leur visite en prétextant ne pas vouloir rester plus de 3 jours, Forcément puisque je prends l’avion le surlendemain soir pour Noumea et que Jacques souhaite partir au plus tôt pour les Seychelles ... Et là .....surprise!, accord nous est donné de nous passer d’agent sous réserve de régulariser la sortie en faisant les démarches nous-même dans les différents bureaux.... lesquelles démarches se feront dans l’efficacité et la serviabilité la plus totale ... Voilà qui nous laissera un souvenir agréable de l’accueil maldivien alors que la ville de Male ne nous a pas impressionnés par son architecture .. Encore un beau bout de chemin avec SOLEJA ....ah si je n’étais amoureuse d’APSARA je continuerais bien avec toi, mon beau bateau ! Mais il m’attend à Noumea avec ses 12 travaux d’Hercule : moteur, enrouleur de GV , dérive , safran , électricité , antifouling , pilote , sondeur , anémomètre,chaîne de l’ancre,capote et bimini, alternateur d’arbre d’hélice .... Guy , mon mécanicien préféré est déjà à l’ouvrage et quand j’arrive après 48 h de trajet et d’aéroport , le bloc moteur est en bas de la descente , la culasse dans le carré et l’échangeur en pièces détachées. Miracle ! le lendemain soir tout est en place, je peux manger, dormir et retrousser les manches pour me mettre à l’ouvrage ...fini les vacances, c’est la rentrée pour un horizon qui s’appelle Singapour, Allez ! je vous tiens un peu en haleine , dès qu’Apsara aura retrouvé son élément favori et moi aussi , je vous parlerai un peu du parcours , des équipier(e)s et du beau lifting qu’il a subi . A bientôt sur le blog pour de nouvelles aventures ... « Et la joie du départ n’est-elle pas faite déjà largement de celle de l’arrivée, savourée d’avance jusque dans les cruautés que l’absence implique » Théodore Monod « L’émeraude des Garamantes » Claire Noumea le 14 avril 2009 http://micladapsara.over-blog.com lien vers le précédent blog Après avoir laissé Apsara , tranquille à Noumea , à sec sur le chantier de Nouville -Plaisance , j'ai rejoins Jacques et Soleja à Port Moresby fin Aout 2008 pour me familiariser avec ma future route de l'an prochain ;belle aubaine que de pouvoir retrouver Jacques et Soleja d'autant que....eh bien , lisez la suite! Port Moresby :
Nous bénéficierons juste d'un peu de vent de travers pour rejoindre Beagle Bay et Darwin .
Le soleil ne va pas tarder à nous abandonner, il commence à plonger derrière l'île de Bali qui se profile à l'horizon,... c'est toujours un peu émouvant de rejoindre l'univers terrien,... mais pour l'heure ce n'est pas le moment de s'émouvoir car quelqu'un s'amuse à éteindre la lumière subrepticement alors que les flashs citadins commencent à apparaître dans le lointain.
« Quand les mouettes ont pied, il est temps de rentrer » !!Las !! il va falloir s'y résoudre , voilà bientôt 9 mois que j'ai quitté Publier , un dernier petit tour dans l'île et me revoilà partie pour de nouvelles aventures ...terrestres cette fois-ci dans notre belle Haute-Savoie . La boucle n'est pas bouclée, le sera-t-elle un jour ?c'est le privilège du cercle d'être toujours à recommencer quelque soit le point où l'on s'arrête. « Tout ce que les hommes ont fait de beau et de bien, ils l'ont construit avec leurs rêves » Claire Brondex Et si vous souhaitez connaitre l'histoire d'Apsara depuis le début , allez sur le site : Publié à 10:45, le 22/10/2008, Mots clefs : |
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